Palmarès du 36ème Prix TURGO

Critères de sélection :

– livres traitant de sujets originaux à impact économique ou financier (les manuels pédagogiques, rapports de recherche, ouvrages techniques sont exclus)

– livres bien documentés, argumentés   et écrits

– auteur(s) légitime(s)   sur  le thème traité, non déjà primé(s) Turgot

– ensemble de la présélection représentatif   des principaux questionnements actuels

CHRONIQUES DU CLUB DE LECTURE

La finance verte connait un essor considérable depuis la COP 21 et l’Accord de Paris. Elle est présente dans les débats européens actuels, elle fera partie des principaux thèmes de la prochaine élection présidentielle.

A entendre certains débateurs, nous en serions aux balbutiements, pour d’autres, la réflexion n’a pas commencé, pour les derniers enfin, l’ennemi reste la finance ! La réalité, à rebours de ces propos est foisonnante et parfois bien technique. Aussi est il fort utile de lire un ouvrage qui regroupe par thèmes détaillés les informations, initiatives, règlementations existantes et en cours d’examen avec leurs avantages et limites. L’ouvrage n’est pas nécessairement accessible à un béotien de la finance, mais il ne faut pas non plus être un grand prêtre pour comprendre.

On indiquera les titres de parties : « pourquoi et comment verdir la finance », « des millions aux trillards pour la transition écologique », « une mobilisation croissante du secteur financier », « l’Europe maintient son rang de pionnier », « la boite à outil de la finance verte », « Banque verte ou monnaie verte ? », « Crise sanitaire et crise climatique : quelles implications pour la finance verte et durable ». Les auteurs sont des régulateurs et économistes convaincus sans être idéologues, impliqués quotidiennement dans la mise en œuvre de ces programmes ce qui crédibilise leur discours. L’ambition de ce livre est de devenir un ouvrage de référence-et il l’est-pour ceux qui doivent intégrer professionnellement – les autres ne sont pas exclus ! »- les enjeux du développement durable en mettant en évidence, les questions méthodologiques, théoriques et les enjeux de données qui mobilisent aujourd’hui les chercheurs, les pouvoirs publics, les régulateurs, les superviseurs et les acteurs privés sous l’œil des ONG et de la société civile dans son ensemble.

Dominique CHESNEAU

Aurélie Jean s’interroge sur la régulation et la réglementation de l’Intelligence Artificielle. Elle constate dans les législations américaine (le California Consumer Privacy Act) et  française (le Règlement Général sur la Protection des Données), des vides et des flous juridiques qui exposent les  entreprises et les particuliers à des risques de discrimination, de captation de données ou de perte de contrôle. Elle montre que les logiques des nouvelles générations d’algorithmes sont de plus en plus difficilement explicables et interprétables par les juristes et que leur encadrement nécessite l’assistance de scientifiques. Elle rappelle que « l’IA est à la fois une discipline et un outil de modélisation scientifique regroupant diverses techniques de représentation… ». L’IA permet notamment d’identifier une entité à partir d’images, d’anticiper des évolutions de phénomènes ou de détecter des fraudes.

L’auteure retrace l’historique de l’IA et analyse les diverses logiques explicites et implicites suivies par leurs concepteurs. Elle montre que  l’effet « boite noire » observable dans les algorithmes implicites exploitant des données non supervisées, est inévitable et que certaines metadata non structurées exigent des tests préalables à leur traitement. Elle montre que les biais algorithmiques résultent de décisions humaines et ont donc pour origines des biais cognitifs ou des déviances comportementales. La plupart des biais sont dus à des projections statistiques de séries historiques, à des traductions erronées ou à de mauvaises   formulations de problèmes Elle analyse les modèles qui ont marqué l’histoire de ces biais (manipulation de sondages par Cambridge Analytica, sélection discriminatoire d’Apple card, profilage biaisé de Google, recrutements orientés d’Amazon…).

Elle s’attache à montrer plus particulièrement les dangers de la justice prédictive (ou « algorithmisée ») qui est essentiellement basée sur le traitement de la jurisprudence. Elle redoute que les progrès de l’IA et la multiplication de ses acteurs (dont les « niveaux de langage » sont disparates ) risquent d’amplifier « l’opacité algorithmique » si les politiques et les juristes n’anticipent pas certaines fonctionnalités de l’IA. C’est pourquoi elle plaide en faveur d’un développement de la « maturité algorithmique »  de l’ensemble de la société.

JJ  PLUCHART

 Si « une vie ne  vaut  rien, rien ne vaut une vie.. » aimait à rappeler  André Malraux.  C’est sur cette conviction largement partagée que s’est   construit ce lieu commun qui voudrait que  « la vie n’ait pas de prix ».  Mais cette considération hautement philosophique s’accompagne  d’une   opacité  sémantique qui  superpose  dans les  esprits , « la valeur » morale, éthique, avec le «prix» pécuniaire, monétaire,  économique et social qui  reflète en miroir l’autre face  de Janus de ce sujet.

 De cette réalité peu discutable est naît un tabou, celui du lien entre l’argent et la vie, entre  matérialisme  et spiritualité. Il reste toutefois de plus en plus difficile à nos concitoyens   même pour les plus réfractaires à l’économie de marché «attribuant un prix à tout» , de concevoir  que pour autant la vie n’ a pas un coût direct, caché, inconscient. La terrible pandémie mondiale que nous venons de vivre est venue  rappeler à nos concitoyens que le  prix « monétaire  » de la vie pouvait  devenir exorbitant , confère l’état  de notre endettement et  de nos finances publiques .

Dans ce nouvel   essai à portée fortement pédagogique ,  l’auteur plaide  pour une plus grande  clarté sur l’ appréciation  de la valeur de la vie  et notamment en apportant de lumineux éclairages  sur les raisons qui font que  cette  valeur  diffère , d’une  administration française à une autre ,  d’un pays   dit développé  à un pays appelé « pauvre » , comme entre classes  sociales,  d’âges ou de  différence  de sexe …  De nombreux exemples   viennent montrer que tout   décideur  va  devoir  de plus  en plus  sortir  de  sa  zone de confort moral  et intellectuel, être placé  devant « l’abîme de ses  choix » :  Il en  va ainsi , par exemple, du  développement  des  voitures autonomes: elles devront intégrer des logiciels et autres algorithmes qui détermineront « à priori » des  directives  éthiques  qui induiront  des choix   soit  en mode «  égoïste »  ( visant à protéger le conducteur -passager  ) , soit  altruiste »  ( sauver le piéton), soit « utilitariste  » , tendant à  réduire  le nombre final de  victimes avant  toutes autre considérations..

 Ainsi de plus  les sources  de conflits entre l’intérêt individuel et le bien commun  surgiront sur le chemin  du prix et  du coût  de la vie  et  de son évaluation matérielle.    Au fil de chapitres particulièrement  documentés , l’auteur montre  en quoi les tribunaux et le droit français sont inadaptés à  ces nouveaux enjeux , quelle incidence peut avoir le prix du soin sur les pratiques hospitalières et le terrible risque du  « tri » conscient ou inconscient  des patients Le temps  est  venu pour  engager la France  dans une  gestion plus cohérente de l’ ensemble des risques connus  (alimentaire, écologique , industriel ,nucléaire, routier  sanitaire, technologique  terroriste) ,  et autres « inconnus ».

 Nul doute que les économistes ont un rôle majeur à assumer   dans  ce défi pour conférer à chacune de nos vie une valeur  et un prix  en toute  transparence  et  responsabilité.                                             Jérôme MATHIS avance en éclaireur de grand talent  sur  ce chemin …  C’est aussi  l’ un de  ses  grands mérites

Jérôme Mathis  Professeur  d’ économie et finances à l’université de Paris-Dauphine .Prix du meilleur jeune chercheur en Economie ?auteur de plusieurs ouvrages  et anime le blog «  la finance au cœur de nos vie ».

JEAN-LOUIS  CHAMBON

Pierre Veltz s’interroge sur la mutation actuelle de la « société hyper-industrielle », engendrée  à la fois par la responsabilisation sociale et environnementale des entreprises et par la crise pandémique.  Il se demande si cette évolution ne conduit pas à une impasse, dans la mesure où certains fondamentaux de « l’économie verte » ne sont pas clairement définis. Il constate que les moteurs et les indicateurs de l’activité productive sont toujours la création de valeur financière pour les actionnaires. Les leviers de la santé, de l’éducation, de la culture et du bien-être  ne sont pas valorisés, sinon seulement comme des charges ou des facteurs indirects de productivité.

L’auteur plaide en faveur de l’émergence de nouveaux « cadres structurés » – d’une nouvelle « grammaire productive » – fondée sur des valeurs à la fois financières et extra-financières. Il prône une recherche de cohérence entre les économies micro (l’entreprise) et macro (la société). Il déplore que les seuls indicateurs officiels mesurant les impacts de la pandémie, soient la chute du PIB (qui cumule des valeurs ajoutées comptables), les faillites d’entreprises et les pertes d’emplois.  Il appelle donc à une refondation du paradigme socio-économique qui régit la société humaine.

Pierre Veltz (X-Mines) est ingénieur et sociologue. Il préside l’établissement public Paris Saclay. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La société hyper-industrielle, Le nouveau capitalisme productif , Eds du Seuil, 2017.

J-J.PLUCHART