Club de lecture – Chroniques 2020

Chroniques 2020 du club de présélection du prix Turgot

1er janvier- 31 décembre 2020

Les plates-formes numériques constituent un phénomène relativement  récent, déroutant pour l’analyse économique classique.

Ces nouveaux arrivants bousculent l’économie traditionnelle : ils proposent de nouveaux services, comblent des besoins grâce aux nouveaux outils de communication;  leur activité transfrontalière  s’affranchit des contraintes horaires et de la notion travail/repos ; leur valorisation est basée sur des anticipations de développement mais aussi sur  leurs bases de données ; leurs clients deviennent producteurs;  le lien de subordination pour leurs effectifs disparait d’où précarisation … Leur stratégie d’optimisation fiscale.

L’ouvrage à travers l’étude de cas concrets  soulevés par l’activité des grandes plateformes numériques (UBER, AMAZON, Airbnb, Deliveroo, Facebook, Google ..)  illustre les problématiques  et la difficulté pour les Etats de se coordonner pour limiter les conséquences sociales, économiques et fiscales.

L’approche pluridisciplinaire adoptée si elle ne permet pas de trancher sur la question posée « Plateformes numériques utopie, réforme ou révolution ?  » permet au lecteur d’appréhender l’ampleur et l’importance de ce phénomène.

Hubert ALCARAZ

La pandémie que nous subissons a mis au cœur de l’économie la théorie schumpétérienne de destruction créatrice comme possible levier de croissance post-covid. Reprendre la maitrise de la création de la chaine de valeur passera par la création de nouvelles entreprises dans des domaines tels que les énergies nouvelles, la santé, le digital. Tout ceci ne se fera pas en relocalisant les « anciens process » mais en accompagnant le développement de la croissance qualitative, de l’investissement dans l’innovation et le capital humain ainsi qu’en protégeant les plus faibles. Dans cet excellent ouvrage, les auteurs s’appuient sur une multitudes de données, de démonstrations empiriques, sur leurs propres travaux ainsi que sur ceux d’autres économistes afin d’éclairer le lecteur sur les notions d’innovation, de croissance, de productivité et de concurrence. Ils soumettent des pistes d’explication au déclin observé de la productivité depuis deux décennies, s’interrogent sur la réindustrialisation à tout prix et explorent les différents modes de financement de l’innovation. Pour Ph. Aghion et ses co-auteurs cette destruction créatrice requiert un état investisseur, assureur, veillant à une saine organisation de la concurrence. Ils militent pour un modèle de flexisécurité à la « danoise » mais mettent en garde sur les dangers d’un état omniprésent. Philippe Aghion, professeur au Collège de France, à la London School of Economics et à l’INSEAD. Céline Antonin, économiste à l’OFCE, maitre de conférence à Science Po et chercheuse associée au Collège de France.Simon Bunel, administrateur à l’INSEE, économiste à la Banque de France et chercheur associé au Collège de France. Philippe ALEZARD

Cet essai collectif , accessible à un public moins  économiquement informé ,  très documenté, résulte largement des cours et des  travaux de  recherches  dispensés sous l’égide de Philippe Aghion au Collège de  France. 

Sa thèse centrale vise à éclairer le pouvoir de la destruction créatrice identifiée par Schumpeter et celle de la transformation du capitalisme pour «les orienter vers une prospérité plus durable et mieux partagée». Les auteurs valident scientifiquement l’intuition Schumpeterienne et ils l’approfondissent : la destruction   créatrice  est bien ce processus par lequel de nouvelles innovations se produisent continuellement et  rendent les technologies existantes obsolètes  de nouvelles  entreprises  venant constamment concurrencer celles en place , de nouveaux emplois et activités étant  créées  et   sans  cesse  remplacées  celles existantes . Il montre, et la crise pandémique   actuelle renforce la démonstration suivant laquelle, plutôt que de vouloir  « dépasser » le  capitalisme il faut chercher à mieux le  réguler.

Pour les auteurs, changer radicalement de système économique   alors que, malgré ses effets pervers ( inégalités, destructions  d’emplois….),   le capitalisme  « a hissé nos sociétés à des niveaux de prospérité inimaginables . en à peine deux cents ans  » , n’est pas la bonne option… , car le pouvoir du  capitalisme  via cette  destruction  créatrice est dans sa capacité formidable à créer de la croissance . «Le  défi est alors  de mieux appréhender les  ressorts de ce pouvoir pour l’orienter dans la  direction  souhaitable… Vers une  croissance plus verte et plus juste ».  Comment minimiser les  effets  potentiellement négatifs du  système ?  Comment éviter que les innovateurs d’hier ne se  transforment  en  rentiers conservateurs ? quelles forces utiliser et quelle place pour l’ Etat dans ce défi ? 

 Le grand  intérêt de ce remarquable ouvrage  est d’apporter des réponses concrètes à nombre de ces questions à travers l’élaboration  d’un nouveau paradigme «pour poursuivre  et amplifier la quête de  richesse  des Nations».

 Philippe Aghion est professeur au Collège de France – Céline Antonin économiste à l’OFCE, maitre de conférences à  Sciences Po – Simon  Bunel  économiste à la Banque de  France.

Jean louis CHAMBON

Selon Voltaire, « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Selon les auteurs, la valeur du travail est un concept fondamental de la société contemporaine, mais elle ne repose plus que sur le temps et donc, sur l’argent.  Pour la plupart des acteurs sociaux, le travail n’est plus un instrument d’épanouissement ou un vecteur de libération. Il est en crise en raison de la montée du chômage et du sous-emploi, de la gestion optimisée du temps de travail… Le système néocapitalisme transforme le travailleur en objet divisé, quantifié, normé et rationalisé. Le travail n’est plus porteur de sens. Il était méprisé chez les Grecs, puis considéré comme une pénitence au Moyen Âge. Il devient un objet de réflexion au siècle des lumières, puis une notion politique au XIXe  siècle avec les pères fondateurs du capitalisme et du marxisme. Aujourd’hui, la valeur travail a été vidée de sa substance originelle, car la production matérielle n’est plus l’étalon permettant d’évaluer une tâche et lui attribuer une valeur. Les principes économiques actuels semblent donc avoir atteint leurs limites. Les philosophes en déduisent que  doit être révisé le paradigme d’Adam Smith selon lequel « c’est en poursuivant leur intérêt personnel que les individus œuvrent pour le bien commun ». L’organisation basée sur l’efficacité, la productivité et le rendement, doit laisser place à un monde du travail plus éthique, plus solidaire et plus écologique. Les auteurs prônent une certaine décroissance économique, l’auto-limitation de la consommation et la relocalisation de la production.

JJ  PLUCHART

Pour l’auteur, l’austérité salariale a façonné, depuis quarante ans, l’économie des pays de l’OCDE et changé la vie politique de ces pays. De 1990 à 2019, le salaire réel a progressé de 23% tandis que la productivité per capita progressait dans le même temps de 49%, à l’exception notable de la France et de l’Italie qui n’ont pas connu cette déformation du partage des revenus. Le corollaire de cette situation de bas salaire est la faiblesse de l’inflation qui induit et maintient les taux très bas, qui eux-mêmes vont permettre des politiques budgétaires expansionnistes, qui vont permettre des effets redistributifs complexes.

En cette période de gronde sociale, Patrick Artus explore les conséquences de cette « japonisation » de l’économie, les possibilités de sortie de cette austérité salariale, mais également les risques que ferait peser le retour d’une inflation salariale, sur les dettes abyssales consti99tuées depuis des années par tous les états.

Patrick Artus est professeur associé à l’école d’économie de Paris et chef économiste de Natixis.

Philippe ALEZARD

Voici un des premiers  livres consacré à cette pandémie et ses conséquences sur la vie économique.

Ce n’est pas la première fois que le monde fait face à ce type de cataclysme : un balayage historique permet de dresser un tableau plutôt apocalyptique des catastrophes sanitaires (peste, grippe espagnole…), avec ses millions de vies perdues.

Les auteurs analysent les situations dues aux conséquences de l’arrêt de l’activité économique : effondrement de la production en général, chômage massif dans des pans entiers de l’économie (transport, tourisme. ..)

La reprise de l’activité se fait dans des conditions plus contraignantes, étant donné les nouvelles règles sanitaires à respecter. Cela entraîne des pertes de productivité importantes, qui se traduiront à terme sur l’évolution des prix de vente. 

L’accroissement important de la masse monétaire peut conduire à des situations de bulles sur les actifs en général.

Quelques pistes sont abordées pour préparer la période d’après, qui passeront forcément par des ruptures dans tous les domaines.

-Mettre en place un revenu universel ciblé, notamment pour les jeunes et les personnes fragiles. En 2020, il y a eu 800.000 jeunes qui sont arrivés sur le marché du travail. Comment pourront-ils trouver une place dans le monde du travail ?

-Alléger la charge des entreprises en réformant le système des retraites (départ en retraite à 65 ans)

-Réformer la formation professionnelle pour s’adapter aux nouvelles exigences du marché du travail. Il devra y avoir des transferts d’emploi des secteurs sinistrés vers les secteurs porteurs, en développement. Les esprits sont-ils prêts à une telle mobilité ?

-Être sélectif sur les relocalisations : concerne surtout les technologies de pointe (aéronautique, médicaments). Une nouvelle sorte de planification stratégique devra être mise en place. Une piste est notamment évoquée : les partenariats public/privé dans des activités de pointe.

-Aller vers une transition énergétique.

-Mettre en œuvre une décentralisation de type « bottom up ».

 

Les auteurs terminent leur réflexion en se projetant en 2035. Ils imaginent le scénario suivant.

Après l’éjection de Donald Trump, remplacé par Joe Biden, le monde retrouve le multilatéralisme réaliste, après le protectionnisme mortifère des années Trump. Emmanuel Macron réélu, conduit les réformes qui avaient été différées du fait de la crise sanitaire. 

Ce livre bien documenté et précis, permet d’imaginer la suite de cette situation difficile à appréhender actuellement. 

 

Patrick Artus et Olivier Pastré sont membres du Cercle des économistes.

Renzo BORSATO

Voilà un ouvrage qui fait réfléchir et qui s’adresse au plus grand nombre. Partant du constat que la crise sanitaire actuelle n’est pas un hasard, mais une apparence parmi d’autres, de l’égoisme liberalo-financier dans lequel les économies développées évoluent, il plaide pour une nouvelle équation de développement « l’économie de la vie » intégrant l’ensemble des paramètres contribuant au bien- être de l’humanité. Partant du constat que les 30 dernières années dénotent une détérioration radicale des équilibres, biologiques, climatiques, environnementaux fondamentaux, il en conclut que , faute d’un corpus d’actions mondiales concerté, le monde court à la catastrophe, à un horizon de 20 ou 30 ans. Le retour à « comme avant » est une illusion et la seule alternative positive est une démocratie de combat qui lutterait pour la prise en compte de « paramètres de la vie » tels que l’hygiène, le respect de la biodiversité, le bilan carbone, le réchauffement climatique, l’éducation, la recherche…Les bases de gouvernance économique des industries traditionnelles sont inaptes à résoudre ces problèmes et elles doivent revoir leur offre, en conséquence. De nombreux secteurs, tels les transports, le tourisme, l’automobile seront touchés de plein fouet et l’adaptation indispensable sera rude.

Il faut donc, une refonte, en profondeur de la gouvernance mondiale. Un vœu pieux ? Le lecteur appréciera. A mon sens, il s’agit d’un ouvrage éclairant, destiné au grand public et donc turgotable.

D.MOLHO

Le monde numérique, par essence binaire, nous a fait entrer dans un monde du tout ou rien.  Tous les piliers qui fondent une communauté sont touchés. Le transactionnel, le relationnel, l’information et le politique.

 

Les technologies changent la façon dont la valeur se crée et se capte. Elles bipolarisent tout. L’emploi se transforme passant d’une structure en losange à une structure en sablier.  Les classes intermédiaires, moyennes, sont exclues au bénéfice des emplois surqualifiés bien rémunérés et les emplois à bas salaires très peu qualifiés et précaires. Quelques grandes entreprises, chinoises et américaines, dévorent tout, devenant à la fois des monopoles et des monopsones, elles rachètent la compétition, tuent l’innovation et vassalisent les autres.

 

L’information qui faisait l’objet d’une certaine harmonisation a volé en éclats. Toutes les opinions se valent, c’est le royaume de l’ultra crépidarianisme. Les médias traditionnels sont désormais l’institution dans laquelle la confiance est la moindre. La politique n’est pas épargnée. Chaque discours est immédiatement moqué, disqualifié sur les réseaux sociaux qui sont devenus les instruments radicalisation les plus puissants. L’adaptation des recommandations basée sur les algorithmes exploite au maximum nos biais. Les théories les plus extravagantes et conspirationnistes s’observent dans toutes les démocraties. 

 

Internet, le numérique, ont permis d’abolir nombre de limites pour le bien de l’humanité. L’auteur ne fait pas un « coming out » technophobe et propose quelques pistes afin d’en retrouver certaines et de mettre fin à la bipolarisation du monde.

 

Olivier Babeau, essayiste et économiste, est le fondateur de l’institut Sapiens, laboratoire dédié à la réflexion sur la place de l’être humain dans le monde technologique.

 

Philippe ALEZARD

La pandémie qui frappe l’humanité en 2020 accélère et intensifie les bouleversements déjà en cours.

Le passage du « rien de trop » au « toujours plus » a été amplifié par Internet.

Cependant, à l’instar du cheval de bois accueilli par les Troyens, le numérique, promesse d’une nouvelle ère belle et facile, favorise l’angoisse, la crainte, la division, et l’excès. En conséquence, les piliers d’une relation humaine – transaction, relation et information – sont brisés.

L’auteur s’appuie sur une riche analyse, contextualisée notamment sur le plan historique, analogique, sociologique, géopolitique pour étayer son analyse. Cette évolution est néfaste pour l’entreprises, les démocraties et donc pour la civilisation. Il décrit ainsi le développement d’une nouvelle économie « féodale » incarnée par les géants du numérique, de l’émiettement de la société en deux pôles (« leaders » et « largués ») avec la fin des classes moyennes et enfin du totalitarisme.

Le virus qui nous frappe en ce moment peut accélérer cette dégradation ou au contraire nous permettre d’en prendre conscience. 

Pour éviter le syndrome de Pompéi ou du Titanic, nous pouvons agir en y posant des limites et en engageant dès à présent trois batailles : celle de l’autonomie, celle de l’information et celles des compétences.  

Olivier Babeau est professeur d’Université, économiste et essayiste. Il préside l’Instituts Sapiens dont il est le fondateur. Il publie de nombreux articles et signe des tribunes régulières dans de nombreux journaux.

Loic LE MENN

La crise du Covid est pour l’auteur « une formidable occasion «de remettre à plat le système économique et monétaire et « la façon de le financer». S’appuyant sur sa riche expérience, tant du  secteur privé que public,   comme sur ses valeurs fortes  et avec un optimisme chevillé au cœur, Bertrand Badré  s’attache à proposer ce qui ressemble en  tous points à une  feuille de route  pour nous convaincre de prendre la « bonne  direction ». Toutefois , il ne renie en rien ses fondamentaux : « je continue de penser que l’ économie de marché qui permet de confronter une offre et une demande , de répartir la richesse , d’allouer les ressources dans un environnement contraint reste le meilleur des systèmes…et que le capitalisme qui soutient cette  économie de marché,  notamment par l’accroissement de la productivité que permet l’investissement et l’ appui du capital , reste dans son fondement un  outil de progrès … »

 On comprend alors que ce n’est en rien une  révolution que propose l’auteur,  mais plutôt des propositions pour « recanaliser » le capitalisme actionnarial, pour gommer ses effets de type « néolibéral » et le mettre au  service du bien commun. Il est convaincu de la capacité du  capitalisme à se réinventer  et à s’inscrire  dans de nouvelle normes  conduisant vers un destin « plus vert et un monde ou les inégalités  reculeraient »

A  rebours d’un certain fatalisme ambiant , Bertrand Badré nous invite à nous prendre en main  avec passion  et pédagogie pour faire enfin apparaître une économie  de marché «  équitable  et durable » ..  En espérant que sa foi profonde qui se double d’un âme de poète, dans la filiation de Paul Eluard puisse devenir rapidement …, auto-réalisatrice et que peut être , la terre  apparaisse  « bleue comme une orange».

Bertand  Badré  ancien  directeur général de la Banque Mondiale est un économiste et  haut dirigeant  d’organisations  et de groupes bancaires.IL dirige un fonds d’investissement

Jean -louis CHAMBON

Alors que la crise de 2008 s’éloignait et que le monde avait repris une course tranquille malgré les alertes sur le climat, les inégalités, la coopérations internationale et était finalement soulagé d’être revenu plus ou moins à la « vie d’avant », le COVID nous a brutalement rappelé à l’ordre.  Les appels à un « monde d’après » auront-ils le même sort que ceux de 2008-2009 ou allons-nous, à nouveau « gâcher cette bonne crise » ?

Bertrand Badré, fort de son expérience des instances internationales nous dresse un panorama de la situation à l’aube de la crise, relate les évolutions du monde économique et du capitalisme depuis le traité de Versailles où le monde a perdu la paix aux accords de Bretton Woods où le monde la gagne en passant par la crise de 29, jusqu’au néo-libéralisme individualiste et à la situation fin 2019.  Il montre clairement, contrairement à ce que pensent certains, que l’évolution du capitalisme a, à chaque fois, apporté de grands progrès à l’échelle planétaire mais qu’à plusieurs fois il a fallu repenser notre système. Depuis quelques temps, des réflexions se développaient, sous la pression des évènements climatiques, sociaux, financiers (inflation, taux d’intérêt) et politiques, y compris dans les organismes internationaux, pour définir la prochaine évolution de notre modèle économique.  La crise actuelle met le problème au grand jour alors que, contrairement aux autres crises majeures, le monde n’a plus de leader capable d’imposer un nouvel ordre, rôle des Etats-Unis pendant longtemps. 

L’auteur nous indique une « feuille de route » pour cette refonte majeure de notre « logiciel ».  Depuis Milton Friedman et l’Ecole de Chicago, le capitalisme est devenu de plus en plus court-termiste, individualiste et peu soucieux des externalités créées du fait des indicateurs suivis, tous financiers ou presque.  Il faut, dit-il passer de mark to market à mark to planet et pour ce faire poursuivre la mise en place de normes au-delà des IRRS qui règnent sur le reporting de nos sociétés.  Une évolution se fait à bas bruit, de plus en plus d’entreprises passent  au statut d’entreprise à mission et les investisseurs commencent à s’intéresser au long terme, ce sui va créer peu à peu des contraintes non étatiques sur les entreprises.  Cette évolution, remettre le capitalisme au service du bien commun, ne sera pas facile et sera une œuvre de longue haleine. L’auteur nous propose donc douze lignes directrices, cinq sur la méthode, cinq sur les principes et deux sur les conditions de succès. Elles peuvent paraitre très, trop générales mais il ne s’agit là que d’un cadre car les actions précises ne pourront se dessiner qu’au fur et à mesure et en fonction de l’évolution de la situation.  Un ouvrage optimiste fondé sur la longue expérience de l’auteur.

 

Bertrand Badré est diplômé d’HEC, de Sciences Po Paris et de l’ENA. Il  a été directeur général et financier de la Banque Mondiale et a été impliqué dans nombre de négociations internationale . Il est le fondateur du fonds d’investissement responsable Blue like an Orange Sustainable Capital.

 

Christian CHOUFFIER

La REF poursuit son tour d’horizon extra-européen qui, dans ses précédentes revues a traité de la Chine, de la finance américaine puis de l’ Inde, du continent Africain et enfin, de l’Amérique latine . Ainsi, dans cette nouvelle parution, une trentaine de co-auteurs dont Olivier Pastré, apportent une contribution très complète et complémentaire à cette réflexion sur les systèmes financiers des pays méditerranéens. Cet espace géographique regroupant plus de 300 millions d’habitants s’étend du Bosphore jusqu’au détroit de Gilbraltar, la Turquie, le levant et l’ Afrique du Nord., avec quelques «  infidélités à ce périmètre » complété par un éclairage historique portant sur la Renaissance des villes italiennes, Florence, Gênes, et Venise et de la méditerranée , berceau de l’ esprit capitaliste notamment financier.

On peut penser en effet que « la finance internationale européenne trouve une part de ses

origines  dans les activités exercées pour le compte des Etats Pontificaux ». De même, qu’il est clair que si la finance islamique qui disposait de potentialités fortes dans ce monde à forte

imprégnation  islamique, ne s’est pas imposée , c’est «qu’ elle n’a pas su ou voulu trop dépasser les limites que la religion lui imposait ». Au fil des pages apparaît un espace économique et financier hétérogène dans lequel s’exprime à la fois l’importance et les limites du financement bancaire , avec une absolue nécessité de développer d’autres modes de financement ,avec , en conséquence de nécessaires transformations. Devant cette hétérogénéité  et le rôle central des systèmes bancaires dans le financement de l’économie (avec un taux d’ inclusion bancaire parmi les plus faible du monde) , en conséquence dans de nombreux pays les autorités locales , avec le support de la communauté internationale, et « les forces du marché » se rejoignent pour mettre en place un système financier plus diversifié susceptible de permettre le développement d’une croissance économique plus inclusive. Ainsi est démontrer que la finance méditerranéenne, en dépit de son hétérogénéité, reste bien une réalité, mais qu’elle doit pour s’affirmer , promouvoir une complémentarité démographique et technologique entre le Sud et le Nord et se consacrer plus aux PME-et aux TPE par trop oubliées.

Jean Louis CHAMBON

La planification des projets et des tâches des organisations est remise en question à chaque nouvelle crise économique. En France, la restauration du Commissariat du plan soulève diverses questions dans les milieux politique et économique. La construction d’un business plan – voire même d’un budget –  fait également débat. Le plan assure en principe trois fonctions : il explique les tendances ; il suscite le dialogue entre les parties prenantes ; il est un vecteur de communication.

Les auteurs s’interrogent sur son utilité et sur son mode de construction. Ils constatent que dans les grandes entreprises et certaines ETI, le plan relève d’une direction de la stratégie et que cette dernière fait souvent écran entre la direction générale et les directions opérationnelles. Les DG se rassurent en exigeant des schémas explicatifs (d’où le titre de l’ouvrage) et  des projections sous plusieurs hypothèses qui, dans la plupart des cas, s’avèrent sclérosantes pour l’action. Le plan inhibe le goût du risque, le sens du pari, l’esprit de challenge, l’agilité face aux crises. Les auteurs prônent ainsi l’adoption d’un mode start’up préservant l’esprit entrepreneurial.

Les trois auteurs sont consultants en stratégie.

J-J  PLUCHART

Les précédentes parutions de ce jeune auteur, économiste d’à peine 30 ans, ont été  remarquées à la fois par leur capacité  de vulgarisation et leur sens de la pédagogie aussi rares que précieux dans notre pays où la  culture économique  reste très loin de constituer un de nos points forts . Tel fut le cas avec « l’économie en clair » parue chez Ellipses et «  l’Entreprise » éditée chez  l’Harmattan.

 Ce nouvel essai constitue l’autre élément d’une trilogie qui a débuté avec « les Entrepreneurs de légende » et suivie « des Entrepreneurs atypiques »  .. Il prolonge ainsi par une focalisation sur l’histoire économique française sa présentation des aventures entrepreneuriales tricolores.

Au fil des pages se dessine une large palette d’inventeurs et d’innovateurs dans  des domaines très différents : de louis Vuitton le pionnier du luxe, aux  frères  Michelin champions des pneumatiques ,en passant par Pathé et Gaumont les  grands rivaux qui ont permis à Paris pendant un  temps de  devenir la capitale  du  cinéma…  Ce que montre l’auteur c’est l’ extrême  diversité des profils ,  des scientifiques de  formation , mais aussi d’ autres sans bagages scolaires mais compensant leur handicap par ,du  flair ,de l’audace et le sens des  affaires. Idem pour l’origine sociale , très modeste pour Chanel , riche héritier pour Dior.. de même certains ont  crée leur entreprise de toutes pièces comme Pathé , tandis que d’ autres , comme Armand Peugeot ou les frères Michelin ont avant tout donné une impulsion nouvelle à l’entreprise dont ils avaient hérité. Ces magnifiques succès dont le Cac 40  est le témoin ne sauraient occulter les échecs de nombreux projets de  candidats entrepreneurs et quelque fois de certains qui  finissent par la  ténacité à  rentrer dans la légende.

La morale de cette belle histoire que raconte avec brio Sylvain Bersinger, qui vient de rejoindre le cabinet de recherche économique Astères, est que, in fine , tout un chacun à sa chance ,pourvu qu’il s en donne les moyens et qu’il en ait le courage..  pour risquer..   l’échec autant que la réussite.  Un voyage très prenant au pays de l’entrepreneuriat national .

Sylvain Bersinger  consultant, ancien enseignant, est diplômé en économie- Lyon 2 et Paris-  Dauphine  et l’auteur  de 6 ouvrages.

Jean louis CHAMBON

Le capital a-t-il un genre ? En France, la différence de capital entre les hommes et les femmes ne cesse de se creuser, passant de 9% en 1998 à 16% en 2015. L’inégalité patrimoniale souvent déclinée entre les classes sociales a également un genre.

Ainsi, les femmes vont être défavorisées tout au long de leur vie dans la transmission du capital. Cela débute dans la famille, où le « fils préféré », l’ainé en général, est souvent jugé plus capable de gérer l’entreprise familiale ou les biens immobiliers au détriment de sa sœur. Cela se perpétue ensuite au sein du couple, la femme travaille plus que son mari, prenant sur elle une grande partie de la charge domestique non rémunérée. Ce travail invisible n’est pas pris en compte jusqu’à présent dans les grands agrégats statistiques de la comptabilité nationale. Enfin, lorsque le couple se sépare ou divorce, la femme est pénalisée dans les conditions de négociation des pensions alimentaires.   

Un livre clair et instructif, fruit du travail de 20 années de recherche, qui met en lumière un sujet peu documenté, qui pourtant mérite l’attention dans le cadre du débat et de la promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Céline Bessière est professeure à l’université Paris-Dauphine. Sibylle Gollac est chercheuse au CNRS. Elles ont toutes les deux participé au Collectif Onze, qui a publié Au tribunal des couples. Enquête sur des affaires familiales (Odile Jacob (2013))

Florence ANGLES

Ces deux auteurs sociologues, nous proposent un voyage au travers d’histoires familiales minutieusement mises en scène, afin d’illustrer une vingtaine d’années de recherche autour de la question sur le genre du capital. Quel que soit le milieu social d’origine de la femme, et malgré les améliorations notables depuis les années soixante vers davantage d’égalité entre les hommes et les femmes sur le plan du droit de la famille, du droit de travail, de l’accès à l’éducation supérieure ; force est de constater que « les hommes continuent d’accumuler davantage de richesses que les femmes ». 

Les deux auteurs soutiennent la thèse que cette inégalité n’est pas seulement originaire des revenus issus du contrat de travail, mais trouve autant son origine dans la transmission patrimoniale au sein des familles. En 2010, 60% du patrimoine privé des français découle de l’héritage, en nette augmentation depuis les années 50-60. En mettant cette dimension de l’héritage dans la balance de l’évaluation de la richesse familiale, on met le doigt sur le rôle de « l’institution familiale comme acteur clé de l’économie, contribuant à produire des inégalités socio-économiques fortes ». Entre 1998 et 2015, les auteurs évoquent le quasi doublement de l’écart de richesse entre les hommes et les femmes. Être divorcée ou veuve ne fait qu’accroitre le décalage patrimonial entre les hommes et les femmes. 

« Les femmes sont aujourd’hui plus diplômées que les hommes » ; mais cela n’empêche pas l’augmentation des inégalités de richesse entre les deux sexes. Ces deux sociologues suggèrent que cette inégalité face au capital n’est pas seulement un phénomène lié à l’inégalité dans le milieu du travail, mais trouve aussi racine dans la sphère familiale où les orientations genrées  jouent sur le choix des carrières et où le rang de naissance, comme la composition « sexuée des fratries » aboutissent à un déséquilibre en faveur de la gente masculine. 

 

Céline Bessière est professeure à l’université Paris-Dauphine. 

Sibylle Gollac est chercheuse au CNRS. Sociologues, elles ont toutes les deux participé au Collectif Onze, qui a publié Au tribunal des couples. Enquête sur des affaires familiales (Odile Jacob, 2013).

 

Kathleen WANTZ-O’ROURKE

Depuis la crise mondiale de 2007-2008, les politiques monétaires font régulièrement la une de l’actualité. Au début de l’année 2020, le débat commençait de porter sur l’opportunité et les moyens de sortir de la période d’assouplissement quantitatif quand la crise du COVID a tout remis en question. Ces débats semblent très techniques et il est nécessaire de clarifier des termes et des concepts avant de participer au débat public et citoyen.

Dans la stratégie actuelle des autorités monétaires, quel équilibre entre continuité et innovation ? Y a-t-il des différences de gouvernance entre Mario Drgahi et Christine Lagarde ? En 100 points d’étape, Christian de Boissieu, invite à une plongée au cœur des politiques monétaires. Mécanismes de base, objectifs et moyens conventionnels et non conventionnels, canaux de transmission, institutions ; tout est évoqué pour faire le point sur la politique monétaire dans le dispositif plus général de la politique économique.

Dominique CHESNEAU

Les auteurs soulèvent divers questionnements à la fois essentiels et actuels mais aussi intrigants et complexes, à l’image de la société contemporaine. Ils observent notamment que, depuis la crise pandémique, le patriotisme économique connait une certaine renaissance au sein des pays développés, mais que ce mouvement révèle la nature polémique, mais aussi le caractère polysémique, du terme même de patriotisme économique, parfois assimilé à celui de protectionnisme ou de nationalisme économique.

L’ouvrage montre notamment que les nouvelles formes du patriotisme économique, social et environnemental, conduisent à un certain dépassement du patriotisme national, qui est progressivement investi par des valeurs universelles, comme la défense des droits de l’homme, la lutte contre les inégalités, la protection de la planète…

Certains   paradoxes observés dans les échanges internationaux contribuent à éclairer la nature du patriotisme économique contemporain et à en expliquer la renaissance. Il se heurte à la globalisation et à l’intégration des chaînes productives, ainsi qu’à la financiarisation et à la numérisation des transactions. Il mobilise désormais toutes les parties prenantes de chaque Etat-nation.  Il adapte ses pratiques et ses instruments aux leviers des réseaux sociaux. Il conjugue des formes de patriotisme   à la fois d’Etat et spontané, défensif et offensif, flexible et à géométrie variable. Il passe par une appropriation du territoire conjuguant une approche globale et un enracinement local des échanges économiques. Il s’efforce ainsi de concilier les solidarités locale, nationale et universelle.

L’ouvrage croise diverses approches du patriotisme économique et en dresse une analyse critique à la fois profonde, originale et richement documentée.

La lecture de livre est éclairée par la lumineuse préface de J-C. Trichet. Les douze auteurs de l’ouvrage sont des hauts fonctionnaires et des universitaires reconnus, parmi lesquels deux membres du comité de présélection du prix Turgot, D.Chesneau et J-J. Pluchart.

J-L. CHAMBON

 La période de l’après-guerre restera atypique du point de vue des  crises  financières puisque jusqu’aux années 1970, aucune crise majeure n’est apparue dans les  pays développés. Certains y voient la justification d’une  vision interventionniste qui s’appellera le keynésianisme , avec des circuits de financements privilégiés, une administration des  taux  d’intérêts et une  réglementation étroite des institutions et  des marchés  financiers.

Aussi faire le lien entre cette situation heureuse et la réglementation étroite  des systèmes financiers qui avait cours , est tentant.  D’ailleurs  « comme on aurait pu s’y attendre» , la libéralisation a fait se succéder des crises financières de plus  en plus profondes et répétitives jusqu’à la  crise systémique de 2007-2008.  Si les dangers  «d’une libéralisation débridée »  étaient connus des pouvoirs publics et des Banques Centrales , le besoin de sortir les systèmes financiers des carcans de l’après- guerre était devenu prioritaire ne serait -ce que par la nécessité de reconstruire des économies détruites par les conflits.

 En  France,  l’une des  motivations essentielles de la libéralisation financière  tenait à  réduire le coût de la dette publique, dont la progression risquait de  devenir insupportable. Globalement, ce pari a été largement réussi même s’il  doit beaucoup ces dernières années à la faiblesse structurelle des  taux d’intérêt. Un autre des objectifs de cette réforme visait à un rééquilibrage favorable aux marchés en améliorant le financement des entreprises trop  dépendantes  de l’ intermédiation de bilan.( cf. le  rapport Lagayette). Si ces réformes marquent  le  retour  d’une  certaine idée  de la pensée libérale, elles restent majoritairement accompagnées de  gains  d’efficience pour l’économie malgré les coûts associés des  crises  financières.

Une  trop grande foi  dans l’autorégulation et la complexité inhérente à la conception des règles encadrant les opérations et les  comportement  financiers ont entaché cette expérience  de libéralisation  financière. « voire une  certaine  désinvolture au  regard  des  risques  qu’ elle comportait  et qui auraient être prévenus ».

  Ce  remarquable ouvrage collectif  introduit  lumineusement par les réflexions  des professeurs  de  Boissieu et  Pollin, propose d’étudier en cinq chapitres  émanant de professionnels et  d’experts éminents, la diversité des motivations, la transformation des  acteurs,  les évolutions du comportement financier des agents non financiers, le retour  des  crises  et de nouvelles régulations, quelles limites à la liberté des mouvements  de capitaux,  l’histoire des espérances et des déconvenues qui ont accompagné ce processus, ses motivations, sa mise en œuvre et les leçons qui peuvent  en  être  tirées. 

 Jean –louis   CHAMBON  

L’auteur soulève plusieurs questions fondamentales: « quels étaient les moteurs des trajectoires nord-américaine, européenne et chinoise et que deviennent–ils sous l’effet des politiques de lutte contre la pandémie ? Observe-t-on dès à présent un bouleversement des régularités passées ? ». Il constate que la pandémie a exercé un rôle d’accélérateur et de transformateur du capitalisme (qualifié « de plate-forme ») et de la société (dite « de surveillance »). Ce phénomène a été initié par le développement de l’économie numérique et par la montée des GAFAM  à partir des années 1990. Ces derniers ont bénéficié de conditions exceptionnellement favorables : une capacité inégalée d’innovation, la maîtrise d’un écosystème complet, la diversification des contrats de services, la mondialisation des réseaux, la revalorisation du capital intangible, l’inexistence de contrôle et de taxation de leurs transactions…

Mais la pandémie creuse les inégalités entre les groupes sociaux et les secteurs d’activité. Elle transforme les modes de vie, les représentations de la société et de la politique. Elle introduit une « incertitude radicale » dans les activités productives et marchandes, que seul l’Etat peut encadrer par une restauration de la planification indicative, par la garantie de la masse salariale, par la compensation au moins partielle des charges des entreprises et par la couverture des risques systémiques. Le traitement de la crise sanitaire impose donc un nouveau compromis entre les actions respectives des Etats et des marchés. L’Etat- nation est devenu le « protecteur des entreprises », le « bouclier de la demande », le « rempart contre le néo-libéralisme ». Il est désormais « le tuteur et le complément nécessaire des marchés ».  Le covid vient démentir la thèse de l’Ecole de Chicago qui surestime la capacité du marché à surmonter les crIses majeures sans l’intervention de l’Etat. Robert Boyer perçoit toutefois une contradiction entre le capitalisme global de plate-forme et le capitalisme d’Etat, car le premier est ouvert sur l’international et le second centré sur la nation. Il préconise la mise en œuvre d’une nouvelle forme défensive du capitalisme d’Etat tout en doutant de la possibilité d’un renouveau des politiques industrielles et d’un retour complet du capitalisme transnational.

Robert Boyer est directeur d’études à l’EHESS et fondateur de l’école de la régulation.

JJ.   PLUCHART

Il est remarquable que cet ouvrage nous propose une analyse aussi profonde et documentée (une bibliographie des plus fournies) sur un thème dont l’issue est loin d’être acquise. Au risque de compromettre le désir de lecture, commençons par la conclusion. Tout d’abord son titre : « l’avenir reste ouvert ». C’est finalement de bon augure lorsque l’on sait que c’est la multiplicité des certitudes affichées par des pseudo-experts, assénées à longueur de débats interminables et contradictoires qui a semé et sème encore la confusion la plus totale. Cette prudence de l’auteur s’explique parfaitement lorsque l’on sait que la seule vraie certitude est celle d’une incertitude radicale (titre du chapitre 3). De l’apparition d’un « cygne noir » venu on ne sait d’où exactement (si ce n’est qu’il est « chinois ») au mimétisme généralisé, l’interaction des incertitudes sanitaires et économiques fait encore alterner pessimisme et optimisme, provoquant ainsi une oscillation des marchés. Dans ce marasme, la rationalité limitée (au sens de Simon) du politique s’est révélée criante lorsqu’il a bien fallu comptabiliser les décès en maison de retraite. Pour finir, l’auteur se livre à un exercice d’économie politique-fiction qui rend vraisemblables deux visions de l’avenir, l’enjeu étant l’abandon (ou non) de l’idéal démocratique.

Robert Boyer, anciennement Directeur d’Etudes à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS) et Directeur de Recherche au Centre National pour la Recherche Scientifique (CNRS), membre du CEPREMAP (Centre Pour la Recherche EconoMique et ses APplications) est un des promoteurs de l’école de la régulation qui, contrairement aux approches dominantes, pose que les mécanismes de marché ne sont pas « autorégulateurs ».

Alain BRUNET

 Ce qu’il y a de plus constant chez Nicolas Bouzou , ce n’est pas le périmètre de ses réflexions, souvent décapantes ;  il a en effet depuis plus d’une décennie , notablement élargi son champ d’expertise initiale et très précoce , l’économie, (lauréat à moins de 30 ans du prestigieux prix Turgot* )  à de nombreux domaines qui vont des Sciences sociales , à la philosophie en passant par une forte participation médiatique. Certains esprits chagrins , quelques envieux aussi peut être ,ont cru voir dans cette « sur activité » , les symptômes d’un «..  qui trop embrasse mal étreint »  .      Ils ont eu tord, car le résultat le plus palpable de cette pluridisciplinarité reste clairement l’enrichissement de sa vision périphérique ..(dont il peut arriver qu’ elle brille plutôt par son absence et par excès de « mathématisation » dans nombre de laboratoires économiques…)

 Cette capacité à intégrer dans l’analyse la pluralité de nature et de sens des  facteurs économiques et sociaux, lui a permis d’apparaitre comme l’un des  contributeurs les plus actifs et des plus recherchés du débat économique, comme en témoignent aussi ses nombreuses parutions  « best -seller ».  Non, la continuité  dans l’expression ( L’ADN ?) de Nicolas Bouzou repose  sur deux valeurs , deux  certitudes : l’optimisme et le sens (et la place ) de l’humain  dans les  activités humaines  quelles qu‘elles soient ; ce qui parait autant d’une  grande logique qu’en  capacité  être totalement oublié  dans les réflexions économiques comme dans le management  des «  ressources humaines »…  Mais  lui n’a pas eu à forcer sa nature , puisque l’écoute et l’empathie comme la  fidélité en amitié sont ses compagnons de route que lui reconnaissent unanimement ses pairs et ses partenaires journalistes ou professionnels de la  finance. 

 Nicolas Bouzou  croit que les jours qui sont ( à moyen terme)  devant nous  ne seront pas ceux de l’apocalypse  que nous annoncent tous les Cassandres  et autres adeptes de la  décroissance : le progrès lié aux avancées scientifiques  exponentielles, les  énergies nouvelles, le numérique, la réduction progressive des inégalités ( il ne partage pas en cela les  craintes  d’Olivier Babeau)  portent des espérances réalistes de création de valeur « distribuable » pour l’humanité dans son ensemble. L’humain reste pour lui la plus exceptionnelle et la plus précieuse des ressources terrestres, qui en   dépit de ses turpitudes saura faire des disruptions en cours des opportunités nouvelles. Aussi , intégrer comme thème, l’Amour dans ce nouvel et brillant essai apparait comme une sorte d’aboutissement de son œuvre déjà remarquablement riche,  car comme su l’écrire Proust : «.. . l’amour c’est la plus grande affaire ..pour tous ceux qui sont sur la terre.. » Dans  cet  «amour augmenté »,  l’auteur s’attache à démontrer que les nouvelles formes de relations amoureuses et de procréation qui déstabilisent l’ordre établi des conservateurs inquiets, ne tue en rien la famille qui reste une  valeur sure . Les nouvelles libertés ( sexuelles ou permises par la génétique), et une conception plus « relâchée » de la fidélité, offrent de nouvelles opportunités pour construire des familles basées sur l’amour, pour  « ..en  faire peut être’ la maison ‘la plus  solide et rassurante  qui  soit … » Après le « Capitalisme idéal » paru chez Eyrolles en 2010 , Nicolas Bouzou nous propose d’aller à la rencontre  de cet amour idéal « augmenté » par les   spectaculaires avancées des destructions créatrices en cours,avec cette  certitude « .. le monde ne s’écroule pas..la famille ne se délite pas , l’amour ne se dissout pas..   C’est bien volontiers que nous en acceptons l’ augure…

.*Petit précis  d’économie- Eyrolles- Prix turgot 2007 **le Digital peut détruire la civilisation- Olivier Babeau-  Buchet – Chastel 

Jean–louis CHAMBON 

L’auteure rappelle certains fondamentaux oubliés dans le débat public. « Les terres cultivées n’occupent que 12 % des terres émergées libres de glaces et seulement 2 % de ces terres sont cultivées intensivement ». Pour produire les 3,5 milliards de tonnes de céréales nécessaires aux 10 milliards d’humains des années 2050, « il faudra augmenter la productivité de 14 % par décennie ».  La faim n’a pas disparu : « Près d’un milliard de personnes en souffrent toujours dans le monde. Et en France, 9 millions de pauvres n’ont pas les moyens de faire trois repas corrects par jour»…   L’auteure dénonce ceux qui stigmatisent l’agriculture française –  la « plus performante du monde » – pour promouvoir une filière bio coûteuse en aides publiques, exigeante en main-d’œuvre introuvable et « produisant des denrées qui n’ont pas encore démontré qu’ils sont meilleurs pour la santé »… Elle soutient que le bio a sa place dans les campagnes, mais seulement pour valoriser de petites surfaces.  Elle pose des questions dérangeantes : pourquoi opposer les modèles ? Quels sont les limites des circuits courts ? Quels sont les avantages alimentaires du bio ? Comment prévenir le retour de contaminations ou de pénuries ? Comment mieux protéger les sols, la biodiversité, l’eau ? Dénonçant l’agribashing, elle plaide pour une agriculture diverse, responsable et surtout, productive.

Sylvie Brunel est géographe après avoir milité dans l’ONG Action contre la faim. 

JJ  PLUCHART

Cet essai est d’abord le témoignage d’une vie de (haut) dirigeant de (grandes) entreprises . De cette carrière impressionnante , notamment au service d’entreprises familiales ,et des coulisses de nos  grandes  entreprises, Denys BRUNEL  tire ,sans langue de bois , des enseignements qui vont bien au  delà des problématiques spécifiques à ce type d’entreprise ( notamment  la gouvernance et plus  encore la délicate et prégnante question de la  succession ).  Il s’agit de rien moins que de cet obsédant sujet de société , celui de l’égalité et de la justice  sociale..

 En  effet  comme le  rappelle l’auteur, « … les entreprises françaises demeurent régies par un pouvoir transmis de manière héréditaire et exclusive , en somme ,monarchique…». Aussi  s’interroge- t-il  «…alors que l’héritage a été au cœur de la société  aristocratique …comment est -il possible qu’en république, l’idéal démocratique accepte que le mérite cède le pas, pour de très hautes fonctions, à la naissance ou au mariage ?.. .»     Mais la  France n’en est pas à une contradiction près , elle qui est pourtant connue pour son obsession de l’égalité ..un  fantasme ..selon Pierre de Rosen, qui la conduit vers  l’égalitarisme que dénonçait si parfaitement Raymond Aron :

 « .. l’égalitarisme cette doctrine qui s’efforce  vainement de contraindre la nature biologique et sociale et qui ne parvient pas à l’égalité mais à la tyrannie.. »

  Ce sont ces contradictions que pointe l’auteur aux qu’elles s’ajoutent  notre politique de redistribution centrée ( par trop) sur les revenus, qui nous place en champion toutes catégories des prélèvements sociaux et du taux de dépenses publique.  Taxer exagérément les revenus handicape le travail , la  réussite  et ceux qui créent avec  succès. L’acceptabilité à l’impôt devenue problématique, l’auteur considère que cette voie ne peut conduire qu’à l’échec . Aussi propose -t-il d’aller vers une solution de taxation forte des « gros héritages  »  et la détaxation  simultanée de.. 95%  des héritages..  avec la baisse des impôts qui  découragent la  réussite !!!  Cela permettrait une meilleure égalité des chances  , en plus  efficace ,mais  aussi de régler les incertitudes croissantes qui pèsent sur l’ entreprise familiale , car ce modèle interroge sur sa cohérence  avec une vision moderne de la société.

 En synthèse l’ auteur considère que  l’héritage dans notre pays  est source de trois maux : il crée l’injustice ( même si l’opinion n en fait pas sa cible prioritaire) , il fait courir le risque  d’ une  gestion non optimale  à la tête d’une  grande entreprise familiale ,et on écarte de facto des  responsabilités  toute une partie de la population.

 Si l’auteur rejette un  retour de l’ISF, et les propositions  de Thomas Piketty  trop  confiscatoires  ( doux euphémisme) , il préconise en  revanche à «  iso-prélèvements » de baisser l’impôt sur le revenu( difficile  de faire la moue !!), de  dégager  des  ressources de la taxation des  gros héritages en  faveur des jeunes . Dans  ce même esprit , sont  suggérées des pistes  d’améliorations  touchant à la réserve héréditaire , l’exonération large d’une augmentation  des donations  caritatives et aux petits enfants  ainsi qu’un pécule  de 60000 euros pour les jeunes  à partir de 25 ans … etc .

   Demain  sur ce chemin que préconise  Denys  Brunel  ce serait :la fin des héritiers mais l’émergence de l’héritage pour tous…

…  Plus de justice  sociale avec cette longue marche vers l’égalité réelle, ce sont certainement des enjeux et un défi pour le monde de demain. Mais il ne pourra ni se satisfaire d’encore plus d’assistanat ou se nourrir de simples symboles  aussi contreproductifs que la «  chasse contre les riches » ou la suppression des dividendes ..     .Ces propositions très documentées,  certes quelquefois disruptives ,issues d’une réflexion de fond, restent frappées du sceau de l’expérience et du bon sens et évitent ( c’est heureux) l’écueil du dogmatisme intellectuel et confiscatoire marxiste ,cher , entre autres, à Thomas Piketty. 

Denys Brunel  ingénieur (  Centrale Paris ), Docteur es  sciences   maitre  de conférences à Paris –Dauphine , ex -dirigeant de grands  groupes ( Perrier, Cofinoga, nouvelles  Galeries  etc.) et préside l’association SEST (santé au travail).

Jean Louis CHAMBON

Les 22 lauréats du Prix du meilleur jeune économiste livrent dans cet ouvrage leur perception, leur compréhension, leurs analyses et leurs propositions de ce que pourrait être ou devrait être l’avenir du monde. Tous sont des chercheurs « à la pointe » dans leurs domaines et certains d’entre eux ont été des figures de proue dans les évolutions récentes de la science économique. Par ailleurs, tous s’intéressent de près à la chose publique et contribuent activement aux débats de politique économique.

Ils abordent les sujets qui devront être traités après la crise de la COVID : réexaminer les réseaux de relation interfirmes afin de comprendre les effets probables d’une diversification des chaines de production, approfondir le rôle structurant des oligopoles mondiaux ; s’intéresser aux rapports entre l’accélération des progrès technologiques dans l’après-crise et la dynamique induite sur le prix du travail et aux nouvelles inégalités que cela peut induire, réévaluer l’impact du risque des évènements extrêmes sur les politiques de long terme ; intégrer l’importance de l’acceptabilité politique des réformes de vaste ampleur imposées par les défis environnementaux et climatiques sans oublier d’autres tendances lourdes telles que les bouleversements que vont apporter les bouleversements que vont apporter la révolution numérique, l’extension du travail à distance, la diffusion du génie génétique et de l’intelligence  artificielle dans les processus d’innovation et les stratégies organisationnelles des entreprises.

Ces chapitres proviennent d’entretiens avec les auteurs, écrits ensuite par une journaliste du monde ce qui contribue à la lisibilité de l’ouvrage.

Par nature tous les auteurs sont jeunes et ils n’hésitent pas à remettre en cause les méthodologies, les hypothèses et les résultats produits par leurs ainés. Ils  expliquent les idées qui ont été fausses ou qui le sont devenues.

Alors que presque tous  sont des mathématiciens chevronnés et que les données disponibles n’ont jamais été aussi nombreuses, ils convergent tous vers l’idée que la science économique doit reprendre conscience qu’elle appartient aux domaines des sciences humaines avec lesquelles elles doivent interagir. 

Les chapitres sont courts, denses et disjoints. La lecture n’en est que plus aisée.

Dominique CHESNEAU

Le juste prix est une des questions les plus débattues dans l’histoire des idées économiques. Les auteurs retracent l’évolution de ce concept depuis Aristote jusqu’à l’école de Chicago, en passant par le droit romain, les scholastiques, les caméralistes allemands, les physiocrates et l’école autrichienne. En fonction des courants de pensée, le juste prix est un « bon prix » issu d’un rapport de force négocié, un « prix légal » fixé par un processus institutionnel, un « prix concurrentiel » fixé par la main invisible du marché,  un « prix équitable » assurant une juste rémunération du travail, un « prix naturel » reflétant la vraie valeur d’un bien, « un prix raisonnable » contribuant au bien commun, en assurant la prospérité économique et la paix sociale, un « pricing» calculé par un logiciel de place de marché … Le juste prix doit il être fixé dans le cadre d’une économie libre et ouverte, exempte de fraude et de situation de monopole, et/ou doit il être fixé par une autorité légitime soucieuse du bien commun ? Comme l’expression l’indique, la conception du juste prix fait appel à l’économie de marché et à la théorie de la justice. Les auteurs en déduisent que le mécanisme des prix est un des fondements du droit naturel.

Les sept auteurs du livre sont chercheurs au CNRS.

J-J.  PLUCHART

L’ouvrage écrit par des chercheurs de plusieurs unités de recherche du CNRS se plonge dans l’histoire du « juste prix » d’Aristote à nos jours et développe les multiples acceptions qu’a pris cette notion et ses divers avatars au fil des évolutions philosophiques et juridiques ainsi que des régions du monde européen.  Il montre les difficultés de mesurer ce que peut être un prix juste ne lésant ni le vendeur ni l’acheteur dans des transactions marchandes courantes mais aussi dans des transactions de biens immobiliers. Il montre clairement que dans le domaine des transactions marchandes la réflexion historique se concentre sur les marchés de biens de première nécessité, en particulier les marchés de grains qui peuvent par les fluctuations qu’ils connaissent mettre en danger la vie de la Cité ou du Royaume et que, malgré la reconnaissance d’une certaine liberté des contractants, l’Etat agit sur les cours de plusieurs façons afin d’éviter les émeutes.  Se pose alors la question de savoir quelle est la procédure la plus apte à approcher ce prix juste qui ne doit léser ni l’acheteur ni le vendeur mais aussi le producteur et le vendeur et enfin assurer le bien-être et la paix sociale.  Cette question évolue dans le temps de la cité grecque où le marché se tient sur l’agora et où il est relativement facile d’avoir une information sur la formation du prix à la Rome antique et aux royaumes et aux principautés de l’Europe et enfin aux marchés mondialisés de nos jours.

Bien évidemment les réponses vont évoluer aussi en fonction des auteurs qui se penchent sur cette notion, selon qu’ils soient philosophes, clercs, juristes ou « économistes » jusqu’à la fin du XVIIIe et au XIXe siècle où prévaut celle de la fixation du prix par la concurrence qui le « fait d’elle-même et beaucoup mieux ce que le magistrat est en fait impuissant à faire » (Turgot).  Cependant la sophistication des échanges, l’augmentation de leur étendue jusqu’à la mondialisation à recréé des asymétries d’information qui rendent plus difficile de réunir les hypothèses d’une concurrence pure et parfaite.  Il n’est donc pas surprenant que cette fixation des prix par la concurrence commence à être de plus en plus attaquée et de voir ressurgir, jusque dans nos supermarchés, la notion de juste prix. Allons nous revoir une école de pensée économique sur ce sujet dans un futur proche. Cet ouvrage pourrait en être une « première pierre ».

Les sept auteurs sont universitaires et chercheurs au CNRS.

Christian CHOUFFIER

Qu‘est  ce que la monnaie ?     un bien  réel ou un moyen de paiement ?  , une  réalité en soi, ou le symbole d’une  transaction ?  Mais si la monnaie n’est fondamentalement  qu’une  reconnaissance de  dettes , la question est de  savoir qui doit quoi et  à qui.. »

 C’est par ces questions  aussi fondamentales que la philosophie qu’ il professe que l’auteur ouvre  sa réflexion qui a toute l’apparence d’une  aimable provocation.. Mais ,il n’en est rien  car , s’il  s’abstient d’entrer dans le « débat  sans  fin » qui  oppose les partisans et les  adversaires du système monétaire et financier existant ,  s’il évacue les considérations  trop  techniques, s’ il préfère s’interroger sur la  réalité à laquelle  correspond  cette « monnaie » et à quoi elle est employée plutôt que de savoir comment en  détail elle est émise,  il n’hésite pas pour autant à examiner les fondamentaux  de l’ orthodoxie monétaire :    Qui a raison ? entre Marx pour qui « ..la capacité de l’ argent à faire  fructifier sa propre valeur..est la mystification capitaliste dans sa forme la plus brutale  .. » ou jonh Maynard Keynes qui ne  croit plus à la neutralité de la monnaie et lui reconnait un rôle  central  ou  jean baptiste  SAY  qui  considère qu’elle  doit  rester dans son  rôle d instrument ( la voiture) d’échange , ou  bien enfin,  ceux qui à l’ image  du professeur Aglietta considèrent que «.la monnaie ne fait qu’exprimer l’ interdépendance  économique et sociale via l’Etat ».

 Ces considérations métaphysiques prennent toutes leurs  valeurs au moment ou les Banques centrales  déversent comme jamais  sur l’‘économie « réelle »  des montants de « monnaie » inimaginables, ou les Etats  poussent leur endettement à  des niveaux  hier  totalement proscrits que  les économistes  majoritairement considèrent comme nécessaire .

 Cette idée qui monte  selon laquelle il est possible de  créer ex nihilo  de la monnaie pour voler au secours des Etats « non frugaux », que  demain il sera tout à  fait  possible d’effacer par un simple jeu d écriture  nos  dettes  ,  sans  qu’ aucun  épargnant , ni contribuable n’ ait à en  souffrir, a de quoi  faire  frémir , même les  esprits les plus ouverts ..

 Avec cette question lancinante :  quid de la confiance  demain dans la monnaie, base fondamentale de la  théorie de l’échange ?..  si ,par malheur ,l’opinion  se mettait à douter brutalement de  sa  valeur ,  quel en serait le prix  à payer ?  Alors sans doute  reviendrait comme un boomerang  ,les  questions  qui  fâchent  : Que  dois-je ?  moi qui ai  vécu collectivement au  dessus  de mes moyens  ,en consommant plus  que ce que  j’ai su créer en  valeur , grâce à mon sur- endettement  partagé, que dois-je  à la génération qui me précède ?  que dois-je aux  générations  futures ?  aux puissants ? à la planète ?.

Une brillante introspection qui ne peut laisser aucun lecteur totalement indemne .un regard particulièrement précieux  sur un sujet dont on parlera (hélas) sans doute de plus en plus ..

Paul Clavier-professeur de philosophie à l’université de Lorraine  auteur de nombreux travaux.

Jean louis CHAMBON 

L’originalité du livre réside dans son approche des conséquences juridiques de l’adoption, par un actionnaire et un dirigeant, du statut de société à mission, dérivé de celui de société à objet social étendu. La société à mission a l’engagement d’exercer une mission intégrant des objectifs sociaux et environnementaux non réductibles au profit. L’affichage de sa raison d’être contribue à son enracinement dans son écosystème et dans la société civile. Cet engagement collectif est contrôlé par un comité de mission composé de représentants des parties prenantes de l’entreprise.  La mission doit présenter un caractère pérenne. Elle contribue à valider le concept de gouvernance partenariale. Elle fait l’objet d’arbitrages de la part de ses dirigeants, qui acquièrent une plus grande indépendance vis-à-vis des actionnaires. L’auteur s’efforce de montrer que l’application de ce statut   n’est pas idéaliste.  Il estime que l’intervention du législateur était nécessaire, car la pression de la finance verte ne suffit pas à imposer une gouvernance pleinement responsable. Il craint toutefois que si les cours boursiers des sociétés à mission ne « superforment » pas – voire ne s’alignent pas – sur ceux des firmes conventionnelles, les effets de ce nouveau statut risquent d’être limités.

E.Cohen ( avocat) a participé aux recherches sur le statut de société à mission.

JJ  PLUCHART

La nouvelle politique de la concurrence exercée par la Commission européenne suscite de plus en plus de controverses, comme en attestent les réactions récentes face au refus de la fusion entre les groupes Siemens et Alstom. Ces débats revêtent d’autant plus d’importance qu’ils conditionnent la politique industrielle du Vieux continent, face à celles de la Chine et des Etats Unis. C’est pourquoi s’impose la lecture du dernier livre d’Emmanuel Combe, vice-président de l’Autorité française de la Concurrence. L’auteur présente un grand nombre de cas d’ententes entre entreprises (dans les commodités chimiques, les produits d’hygiène, les messageries, les agences de mannequins, la distribution de médicaments vétérinaires, le transport routier, la distribution en gros de produits pour la boulangerie…), d’abus de position dominante (Subutex, revêtements de toiture en zinc…), de contrôle des concentrations (Casino/Monoprix, FNAC/Darty…), de respect d’engagements (maintenance des équipements de distribution électrique, travail temporaire…)…

Ardant défenseur et meilleur spécialiste des règles de la concurrence, E. Combe livre notamment sa réflexion sur la régulation des pratiques et sur les positions dominantes des GAFA. Avec un grand didactisme, il présente les théories économiques,  les textes juridiques et les principaux cas de jurisprudence qui encadrent les comportements des entreprises sur les marchés.

Emmanuel Combe (ENS Lyon, docteur en économie, agrégé de droit et d’économie) est Vice-président de l’Autorité Française de la Concurrence.

JJ  PLUCHART

L’ouvrage s’inspire d’un livre célèbre de management des entreprises : e-Myth, le Mythe de l’entrepreneur revisité de Michael Gerber (2017). A. Dana présente le cas d’une nouvelle commerçante ayant endossé les « trois casquettes » d’entrepeneur, de manager et de technicien. Le premier est un visionnaire et un innovateur ; le second un organisateur et un planificateur ; le troisième un développeur et un opérateur. L’art du management consiste à gérer le conflit permanent entre ces trois rôles. L’auteur montre que, contrairement aux idées reçues, le technicien a un rôle essentiel, car en automatisant les tâches répétitives, il permet aux deux autres acteurs de mieux assurer leurs fonctions, respectivement stratégique et organisationnelle. Alexandre Dana distingue trois types de systèmes : les systèmes qui rendent impossibles certains projets (car non faisables techniquement ou trop coûteux) ; les automatismes qui libèrent des tâches répétitives ; les systèmes de communication qui permettent de déléguer et de travailler en équipe. Grâce aux systèmes, l’entrepreneur peut ainsi transformer son entreprise en entité indépendante, capable de s’adapter aux évolutions de l’environnement.

 Alexandre Dana est entrepreneur et président du cabinet de conseil Livementor.

JJ  PLUCHART

L’auteur constate d’abord que les deux rivaux s’affrontent, bien sûr, sur le plan économique, capitalisme américain contre économie très contrôlée en Chine, malgré les apparences et les nouveaux milliardaires, mais aussi sur le plan politique, les deux régimes, démocratie individualiste et communisme confucianiste étant fondamentalement opposés et irréconciliables. Il analyse de manière détaillée les forces et faiblesses de chacune des parties, leurs positions géostratégiques, leur niveau technologique et militaire et l’impact des « nouvelles routes de la soie » sur l’équilibre mondial.  Il en conclut que malgré le renouveau de puissance économique, technologique et géopolitique mondial voulu par Xi Jinping et les efforts déployés, les Etats-Unis restent la première puissance mondiale et devraient le rester dans un futur proche : le PCC pourra -il maintenir le régime totalitaire sur le long terme ; la Chine commençant à faire face aux défis posés au régime, totalitaire et corrompu, qui commence à montrer ses faiblesses; la démographie vieillissante face à celle des Etats Unis qui restent relativement plus dynamique, va également poser des limites à la croissance. 

Cet ouvrage écrit par un journaliste se lit aisément malgré les nombreuse citations et données chiffrées.

Pierre-Antoine Donnet est diplômé de chinois et est un ancien rédacteur en chef central de l’agence France –Presse, ancien correspondant à Pékin et à New-York.

 

Christian CHOUFFIER

Cedric  Durand  s’efforce de montrer l’impact de l’innovation digitale sur le fonctionnement du capitalisme financier. Il teste l’hypothèse – dite « techno-féodale » – selon laquelle la société contemporaine est de plus en plus dominée par les GAFAM, les opérateurs téléphoniques et les fintech. Ce mouvement vient creuser la fracture numérique et rendre de plus en plus inégalitaire la répartition des richesses.  La perception de cette transformation économique et sociale est occultée par les dernières crises financière et sanitaire. L’auteur observe « l’attraction magnétique » exercée par la Silicon Valley et l’idéologie « start’up ». De nouvelles formes de « domination cognitive » et de « surveillance algorithmique » s’imposent désormais aux travailleurs à distance et aux internautes. Il analyse également les conséquences économiques de la prédominance des actifs immatériels dans les bilans des entreprises. Il s’interroge enfin sur l’impact de ces différents effets sur le fonctionnement du capitalisme. L’ouvrage est solidement documenté et étayé par de nombreuses références théoriques et pratiques.

Cedric Durand  est enseignant-chercheur dans les universités de Paris Nord et de Genève.

JJ  PLUCHART

 Cette turbulente année 2020, avec son cortège de brumes sanitaires s’achève avec cette lueur d’espérance portée par la très remarquable publication des actes de la Fondation «  Ethique et Economie ».

 Organisé sous la direction de  Bernard Esambert sous l’égide de l’Académie des Sciences morales et politiques avec le soutien du Président Bertrand Collomb, ce cycle de conférences tenu à l’Institut  a ètè prolongé par les  rapports de (5)  groupes de  travail sur les différents aspects du sujet  et publié en 2019.  L’ addition de ces  travaux permettait de proposer une réflexion très  approfondie ( dont les  actes  ont été rendues  disponibles) , sur  «  l’ éthique du  système d’économie libéral ».. appelé aussi…capitalisme.                        

 Sensibiliser , responsabiliser et faire agir les grands décideurs de la Planète sur ce thème dont moult evenements nous rappellent quasi quotidiennement l’actualité douloureuse, est  devenu pour l’homme « d’une vie d’influence » , une priorité majeure. 

 La richesse de son parcours, qui lui a fait connaitre intiment les pratiques des hautes sphères politiques comme celles de la finance , de la science  et des intelligences sous toutes leurs  formes,  lui a sans doute permis de percevoir mieux que quiconque l’urgence de répondre à la contestation qui s’amplifie et à la perte de pertinence et  de sens de ce libéralisme qui , par delà  ses effets bénéfiques nourrit les  affrontements et détruit « les biens communs » ,  ces  ressources  fournies gratuitement par la nature . 

La mondialisation a transformé notre Planète en un  champ de  bataille sans morale et spiritualité : « …S’il y a bien une mondialisation idéale , celle où le progrès de chacun contribue au progrès de  tous.. »  et , si le libéralisme des temps modernes a fait progresser la satisfaction des besoins vitaux ,il a aussi creusé des  écarts majeurs entre la  société  de consommation qui  déborde de biens matériels et d’images pour les uns ,sans procurer le minimun décent pour les autres .  Ce constat lourd de conséquences rejoint en tous points les  réflexions d’Adam Smith qui soulignait déjà que :« .. le libéralisme n’est légitime que s’il est inscrit dans un contexte institutionnel qui respecte la possibilité pour tous d’ accéder aux «  bonnes choses de la vie »… ».

 Fort de ce constat  et de ses convictions de «  grand Sage » et d’ humaniste que nous lui connaissons, Bernard Esambert s’est livré à une critique sévère des dysfonctionnements de l’économie de ce début du XXI é  siècle. Dans sa note d’avril 2018, (publiée  dans cet ouvrage) il souhaite la création d’un code moral qui  «… rende  acceptable son fonctionnement à la majorité des femmes et des hommes , en recréant un peu de  vertu et de grâce dans le  système , en répondant aux aspirations et à l’immense désir de justice et de dignité.. » .

 La mondialisation s’est développée plus rapidement que ses nécessaires régulations par trop  dispersées et en l’absence d’un code éthique mondial . Aussi propose – t- il  en invitant les vingt  deux prestigieux contributeurs à ce  cycle,( de jean  Tirole , Pascal Lamy , Michel  Camdessus ,  des  économistes et les  représentants des  religions monothéistes), comme l’ensemble   des personnalités ,morales,  politiques ou intellectuelle  à mettre : « ..  de l’ordre dans notre image du monde et de ne plus lire l’économie comme une religion sans tables de la loi .. »

 Les quinze principaux domaines proposés à ces travaux  passent en revue l’ ensemble des grandeurs et misères du « système » :  De, la justice , première priorité, à la dignité , la fraternité , la solidarité , le travail des enfants , les  égalités , le pouvoir et l éthique dans l ‘entreprise , mais aussi….  la cupidité,   la philanthropie, la corruption , les biens , la pauvreté et  l-‘environnement- écologie comprise … une légitime et grande ambition.

 Mais La pandémie mondiale a retardé les avancées vers  la constitution de cette  « assemblée mondiale » que Bernard  Esambert appelle de ses vœux .Elle   devrait être composée des  représentants des courants éthiques  se  reconnaissant  dans ces principes  du  « vivre  ensemble  » et au-delà ,elle permettrait l’émergence  d’un libéralisme tempéré qui y  gagnerait  de nouvelles lettres  de noblesse . La publication  d’une  charte éthique par un groupe de Sages ,permettrait sans  doute de «..  fabriquer une nouvelle Histoire  du  Capitalisme libéral ..»  qui devra beaucoup, pour sa renaissance ,à la détermination de Bernard Esambert. Une réflexion d’une richesse intellectuelle ,éthique morale rare.

Jean –louis  CHAMBON 

Après avoir été accepté, à contre cœur, comme le «  pire des modèles à l’exception de tous les autres »  pendant les années  fastes et glorieuses  ,le libéralisme est à nouveau  assailli de toutes parts: « ..le Communisme est mort mais pas la pensée Marxiste.. » , les illibéraux prospèrent ,les insoumis agitent  la « nouvelle pensée économique »,  tandis que Keynes retrouve avec la crise pandémique de nombreux adeptes , dénonçant le concept d’un marché autorégulateur et appelant de leurs vœux une intervention majeure et pérenne de l’Etat salvateur.

Enfin les théoriciens de l’écologie « pour qui le   capitalisme est à l’ origine de tous les maux de la planète  ont  trouvé un prompt renfort dans les thèses  de  ceux qui considèrent que le libéralisme a  pousser à brader aux  « ..pays émergents l’essentiel de nos  activités stratégiques et sanitaires.. »  Bref,   «  le mondialisme heureux » parait avoir vécu .   

Aussi,  dans  ce  contexte, cette nouvelle parution de jean pierre Estival, politologue ,économiste, et auteur de  talent , arrive à point nommé  pour ouvrir la  réflexion sur la nécessité pour le libéralisme de se redéfinir,  à défaut de se réinventer ,et de s’ouvrir plus complètement aux besoins sociétaux  du «  nouveau monde » .Pour l’auteur ,  c’est « l’entreprise » qui doit  devenir le moteur de  cette évolution par le passage  d’ un  « ..capitalisme  d’actionnaires »  à un » capitalisme de  stakeholders » , c’est à dire d’un meilleur partage des responsabilités entre  l’ensemble des acteurs  économiques , autrement dit  des parties prenantes.Ainsi propose t-il ,à travers une argumentation particulièrement documentée passant en  revue les principales théories libérales et les critiques qui les  accompagnent ,les pistes pour un libéralisme économique plus inclusif,  pour la nécessaire reconquête des souverainetés nationales ainsi que celles qu touchent à l’évolution du commerce international.Au fil des pages , on mesure l’immense  défi que représente cette indispensable ( ?) révolution idéologique : comme le pensait l’économiste Tyler Cowen : «il faut démontrer sans cesse et toujours qu’un monde plus libre est un monde meilleur pour le plus  grand nombre .. »

Les remises en cause   engendrées par la crise pandémique sont sans doute de nature à permettre  d’avancer radicalement dans ce sens   , peut être  sur les pas des pratiques du modèle Singapourien : « la démocratie à la base, l’expérience au milieu et la méritocratie au sommet». Quelques leçons liées au coronavirus et  une esquisse du monde d’après , précieuses tant pour la  réflexion  que pour la pédagogie économique et  accessible à tout public.

Jean pierre Estival, politologue,  Docteur d’Etat en sciences  économiques , auteur primé par la 32é  édition  du Prix Turgot est enseignant et  expert sur les  sujets  des  ex PECO  et le  moyen Orient   

    Jean louis CHAMBON

Selon les auteurs, le  temps  est ignoré des économistes, ou plutôt, dans la théorie néo-libérale, ses échelles sont indifférenciées entre les entrepreneurs, qui « créent » le futur, les investisseurs, qui le « planifient », et les régulateurs, qui en « encadrent » le cours. Les auteurs préconisent de modéliser les multiples temporalités des acteurs sociaux, et d’en saisir les potentialités et les contraintes. Ils revisitent les grandes problématiques actuellement débattues dans les milieux politiques et économiques : la régulation des différents marchés (industriel, financier, du travail…), les horizons des dettes publiques, les durées des responsabilités…  Cette incapacité des économistes libéraux et keynésiens à maîtriser les temporalités, est longuement dénoncée par les auteurs, qui y trouvent l’origine de l’instabilité croissante des économies et de la société. Ils s’opposent au modèle walrasien de l’équilibre général  comme à celui de l’Etat providence. Afin de limiter l’instabilité et l’incertitude, ils proposent que les  horloges respectives des entrepreneurs, des investisseurs et des pouvoirs publics, soient conjointement maîtrisées .

Jean-Luc Gaffard est professeur émérite à l’université Côte d’Azur, chercheur à l’OFCE-Sciences Po et à Skema Business School.  Francesco Saraceno est chercheur à l’OFCE. Mario Amendola est professeur à luniversité Sapienza.

JJ  PLUCHART

De Platon à nos jours en passant par Smith, Rousseau et Marx, l’ouvrage analyse l’évolution de l’économie et les influences philosophiques qui ont conduit cette évolution. Il montre l’opposition régulières entre le monde tel qu’il devrait être, Platon, Rousseau, Marx et tel qu’il est, Aristote, Smith, ainsi que celle entre ce que l’auteur appelle la cité céleste et la cité terrestre.  Avec la baisse d’influence des religions, la cité terrestre l’a emporté (peut-être à l’exception récente du marxisme qui propose le paradis sur terre) et la part philosophique dans l’analyse économique s’est peu à peu évanouie jusqu’à notre monde moderne où les équations et les algorithmes l’ont complètement effacée.

Parallèlement l’auteur insiste sur la remarquable stabilité technique et démographique du monde jusqu’au 19e siècle malgré quelques périodes d’accroissement de la richesse économique liées à des croissances de la population.  L’émergence technologique du 19e siècle associée à une forte croissance démographique due principalement aux progrès de la médecine et à la réduction de la mortalité infantile a permis une croissance économique quasi constante jusqu’à nos jours, la part de la population de 35 à 55 ans qui produit, investit et consomme le plus augmentant de manière importante.  L’analyse que fait l’auteur de la crise de 29 établit une corrélation entre la croissance des Etats-Unis par la natalité et l’immigration et la chute de la natalité de la fin du 19e et de l’immigration du début du 20e.

Ces évolutions ont aussi conduit à ce qu’on peut appeler une vision mainstream de la science économique, reposant sur des analyses mathématiques et à définition d’indicateurs comme le PIB et l’inflation qui sont devenus en sont devenus l’alpha et l’oméga.  Cependant aujourd’hui l’inflation a disparu laissant les banquiers centraux perplexes et la croissance du PIB fait défaut dans les pays dits matures. L’auteur, s’appuyant sur l’analyse de la crise de 29 montre que la croyance en la croissance infinie du PIB s’avère erronée, non pas tant par la rareté des ressources mais par la baisse de le tranche 35-55 ans dans la population, y compris et surtout en Chine.  Il faudra que la « génération bénie » qui arrive à maturité s’empare de ce nouveau paradigme mais l’auteur doute de sa capacité à le faire. 

François de Givry est économiste et président fondateur de la société Delta Finance est spécialiste des questions démographiques et littéraires.

Christian CHOUFFIER

Dans ce contexte d’incertitudes croissantes, économiques, sociales et  financières, et énergétiques, l’hydrogène fait l’actualité : 

-celle du Plan de Relance à 100 milliards … l’exécutif lui en a réservé.. 2.% . Mais  cette « énergie d’avenir »  fera en outre l’objet « d’un plan ambitieux » traduit par un investissement de 7 milliards  à l’horizon 2030.

– mais aussi celle du thème   de ce nouvel essai d’un de nos  grands experts des énergies, Marc  Guillaume qui n’hésite pas à pointer du doigts les risques de l’ « écologisme « tout en rappelant l’urgence de l’écologie..

  Dans ce « manifeste contre les idées dominantes » l’auteur propose   de dévoiler l’impensé du présent en regardant vers 2050 :

 tout d’ abord en rejetant l’idée  qu’une  frugalité conduisant à des  économies d’énergie et au  ralentissement de la croissance  sont suffisantes : Faire des économies d’énergie n’est pas une  stratégie pertinente à long terme à l’échelle mondiale. Dans l’état dans lequel se trouve le monde actuellement, on a besoin au contraire  d’utiliser de façon adéquate plus  d’énergie mais différentes de celles que fournissent dans  des conditions  déplorables celles que nous avons eu la faiblesse  d’exploiter par facilité jusqu‘alors . 

Pour répondre à cette exigence, contre intuitive , d’une transition énergétique  réaliste, il faut développer des énergies sans ou à très faible impact négatif  sur l’ environnement, ainsi que les moyens de conserver l’énergie issue des  excédents des énergies  renouvelables,dans leur pointe de production.  

 Or à court ou moyen terme ,face à des potentialités de pistes très hypothétiques, ce sont  les énergies renouvelables classiques qui constituent l’espoir d’une  transition énergétique à l’ échelle mondiale . et,  «dans la chaîne de ces énergies  c’est le maillon hydrogène qui reste stratégique pour produire ,  distribuer et utiliser une énergie propre.. »   

 C’est la rareté de l’ espace qui freine le  développement des énergies  renouvelables..  on ne peut pas implanter  des éoliennes  et des panneaux photovoltaÏques à l’infini..la quantité potentielle de ces énergies dépasse très largement nos besoins,  ce n’est pas l’énergie qui est rare mais.. l’ espace … Cependant, si l’hydrogène comme le  démontre l’auteur ,peut répondre aux critères exigés d’une énergie propre, il reste aujourd’hui d’un coût trop élevé et imparfaitement propre ,qu’il soit : «  gris »(produit à partir  d’énergies fossiles) , « bleu »( avec stockage du dioxyde de  carbone) ou « vert » (par électrolyse de l’ eau).  Pour l’auteur, la voie de l’abondance  d’un nouveau monde énergétique ,passe par l’hydrogène « ultravert » et notamment par une production à partir d’éolien offshore, en mer, où l’énergie du vent est la plus puissante et  l’électrolyse de  l’eau ( de mer  dessalée) potentiellement disponible.

 La  revanche de l’hydrogène sur le  carbone est –elle pour autant  pour  demain ?    Non..  pour l’auteur , plutôt à l’horizon 2050  en raison des obstacles économiques et techniques encore nombreux. C’est encore bien loin.. ..mais il n’y a d’autre choix que d’ agir ..pour  tenter de sortir de cette impasse  tragique d’une collision  frontale annoncée entre  le  développement économique mondial et les urgences climatiques et écologiques .

Une réflexion précieuse qui montre qu’il est possible de rejeter les idées fausses et simplistes en proposant des  stratégies constructives .

Marc Guillaume , agrégé d’ économie , auteur de nombreux ouvrages de  référence, co- lauréat du prix Turgot-FFA   de la Francophonie

Jean- louis CHAMBON

« Les vrais progrès sont ceux qui ont pour point de départ un respect profond du passé.

Un point de vue est que penser le présent dans l’entre soi  est sans portée » 

Cet ouvrage, qui éclaire, structure, argumente avec rigueur est essentiellement consacré aux questions énergétiques et leurs conséquences sur le climat.

En ces temps de risques climatiques et de crise énergétique, il nous apparait, dans ce raccourci que l’auteur nous donne à méditer, l’urgente nécessité d’un véritable renversement, un décentrement dans l’espace et dans le temps.

Notre espoir porte sur les énergies renouvelables pour passer le gué.

Dans cette optique, l’hydrogène, en dépit de quelques avatars, représente un modèle technologique organisé et global.

Marc Guillaume, au vu de cette rupture paradigmatique, fait l’analogie de la covid-19 avec le génie énergétique qui est affaire de territoire et en appelle à la coopération.

L’imaginaire hyperbolique d’énergies ultra-vertes se nourrit d’une utopie créatrice.

Si le message implicite est que l’énergie est rare, l’avenir n’est pas fait des conditions présentes, et il se pourrait bien que l’énergie de l’avenir soit abondante, surabondante même !

Quel bel esprit de finesse chez Monsieur Jules Verne !

Marc Guillaume est économiste et philosophe. Il a publié de nombreux ouvrages dans le domaine de l’économie et de l’écologie.

  1. GODET DESMARAIS

L’urgence climatique se heurte à un problème fondamental de financement, tant les montants mis en eu pour y faire face sont colossaux. Les auteurs reviennent de façon très pédagogique sur des points majeurs nécessaires à une meilleure compréhension des enjeux et des contraintes :

  1. Les fondements de la monnaie et les mécanismes de la création monétaire.
  2. Les controverses et polémiques autour de la gestion, par les banques centrales, de la politique monétaire, de l’indépendance de celles-ci, de l’efficacité des nombreux et massifs assouplissements monétaires auxquels nous assistons depuis 2009.
  3. Le cadre juridique des traités européens avec ses possibilités et limites.

Réorienter et libérer l’action des banques publiques d’investissement, promouvoir une création monétaire ciblée, européenne ou même harmonisée au niveau mondial par le biais de l’ONU, adapter le cadre juridique des traités et le fonctionnement des banques centrales sont les axes de réflexions à court et moyen termes qui sont formulés dans le seconde partie de cet ouvrage.

 

Alain Grandjean, membre du haut conseil pour le climat est président de la fondation Nicolas Hulot

Nicolas Dufrene, Spécialiste de politique monétaire, est haut fonctionnaire et directeur de l’Institut Rousseau

Philippe ALEZARD

 Pour Jean- Luc  Greau , auteur reconnu  et engagé , grand observateur du  capitalisme  et de  ses dérives réelles ou supposées, savoir si l’expérience néolibérale que nous connaissons depuis quarante ans, est positive ou non,  reste un  faux débat, celui d’un prétendu retour aux sources  du  capitalisme.    D’un coté , les idéologues néolibéraux ne se cantonnent pas  seulement à prôner les avantages du libre –échange , mais le présente comme le moyen décisif de surmonter les nationalismes, «.au nom d’une coopération volontaire des peuples, alors même  qu’ils nous ont été imposés par le  gant de  fer des  grands  agents financiers et  que les juges peuvent démanteler pierre à pierre les Etats »    et que, de l’autre, l’expérience soviétique s’ est appuyée sur une  représentation du monde en noir ou blanc pour disqualifier ses critiques « incriminer la propriété et le marché et placer le  travail humain sous le gant de fer du Parti et démanteler les institutions  de la démocratie  bourgeoise» .

Le Néolibéralisme n’a donc pas inventé cet esprit manipulatoire qui fait florès  dans  chaque régime et chaque époque des civilisations.  Mais son « secret »  semble donc  tenir  sur « une  double main mise  des financiers et des juges , sur les Entreprises et les  Etats, dont les pouvoirs économique, financier et législatif ont  été  réduits à leur portion congrue » Mondialisation et financiarisation allant  ainsi de pair pour la meilleure création de valeur de l’actionnaire. Pour l’auteur, le système financier nouveau qui en  résulte porte en lui les  germes d’une révolution bancaire entraînant la déresponsabilisation des  banques commerciales et une  forme de privatisation des banques centrales . Dans ce nouvel et  brillant essai, l’auteur plaide pour mettre fin à  cet engrenage et propose  des pistes originales pour y parvenir, car «la morale chasse le politique et ouvre des  espaces de domination pour les bureaucrates. ». 

JL  CHAMBON 

L’auteur s’interroge sur les risques de « tiers-mondialisation » de l’Europe. Il retrace l’histoire (depuis 1793 !) des forces et des faiblesses respectives des Etats Unis, de la Russie, de la Chine et de l’Union européenne. Il constate qu’en deux siècles, la hiérarchie des puissances s’est inversée. Il déplore le déclin inexorable du vieux continent, marqué par quatre guerres et de profonds désaccords entre certaines nations. Il observe que la puissance stratégique d’un Etat- nation est désormais fondée sur sa capacité d’innovation technologique. Il compare les avantages et les inconvénients respectifs des alliances de l’Europe avec la Chine, la Russie et les Etats- Unis. Il conclut que si les prochaines élections portent à la présidence des Etats- Unis un leader respectueux des institutions et des conventions internationales, ces derniers constitueraient le partenaire le plus naturel de l’Union européenne. L’essai de F. Hesbourg délivre une savante leçon de diplomatie internationale, mais laisse entrevoir de sombres perspectives européennes.

F.Hesbourg est conseiller spécial à la fondation pour la recherche stratégique.

J-J. PLUCHART

Comment la France et l’Europe menacées par le déclin démographique et économique peuvent-elles se défendre face à ses nouveaux prédateurs. C’est la question à laquelle l’auteur répond de main de maitre :

Chine : En 1973 , « la Chine a touché le fond »,la bande des quatre sous la houlette de Mao Zedong est au pouvoir,  la domination ne sera pas territoriale mais passera par d’autres voies .le statut de prédateur ne se confond pas avec celui d’ennemi . s’ajoute à ces éléments une soif de revanche contre l’occident . La nouveauté pour notre génération c’est que cette restauration est mise en œuvre à l’échelle du monde. Un exemple pour illustrer cette problématique. Lorsque Notre Dame de Paris brule le 15 avril 2019 une vague d’empathie déferle sur Weibo ( le twitter chinois).des dizaines de millions de chinois connaissent la cathédrale. Le parti communiste chinois bâtit le récit en trois mouvements 1-c’est une catastrophe pour l’humanité, y compris pour la chine, 2,donc la chine a le droit d’exiger que les responsables ( français) soient punis.3- les manquements français rappellent le temps ou le vieux palais d’été a été brulé par les troupes britanniques et françaises pendant la seconde guerre de l’opium.

Il ne faut pas sous-estimer l’instinct de survie des responsables communistes chinois et de leur appareil. Si tout cela peut et doit inquiéter, le prédateur montrera-t-il les crocs ? ou se contentera-t-il d’opérer en second rideau derrière le russe et/ou l’américain ?

La patience stratégique de la Chine arrive à son terme .l’approche chinoise envers l’Europe peut se résumer en cinq mots : profiter, influencer, détacher , intégrer et intervenir.

Etats Unis : En traitant le devenir de la puissance américaine, deux précautions doivent être prises :son éventuel déclin, celui-ci est aussi vieux que l’union américaine elle-même. D’autre part la politique de sécurité et de défense n’est pas le pur produit de l’avènement de Trump.la force de leurs armes reste incomparable, le levier des alliances est un multiplicateur de forces. La créativité économique et la capacité d’innovation technologique sont des atouts qui demeurent d’actualité, la cyber puissance ainsi que la suprématie financière sont des atouts que les Etats-Unis sont seuls à détenir. Le délitement des alliances est de tous les défis celui qui a les conséquences les plus lourdes pour le monde. Le consensus sur la chine qui émerge à Washington n’est pas une politique propre à Trump. Leur autosuffisance énergétique a changé leur vision stratégique vis-à-vis du moyen orient.

Russie : le PIB de la Russie est équivalent à celui de l’Espagne et leurs dépenses militaires sont inférieures de moitié à celle de l’ex URSS. Les points forts économiques sont les matières premières et énergétiques, l’aérospatial. La surprise pourrait venir de l’agriculture : elle produit deux fois plus de blé que la France. La Russie moderne n’offre aucun modèle économique et social qui puisse attirer qui que ce soit. Elle n’a pas d’alternative au système libéral occidental ou au modèle de développement autoritaire chinois. Trump et poutine veulent la désagrégation de l’union européenne en matière économique et politique.

et nous l’Europe: au fil des décennies le nombre des états membres est passé de 6 à 27 .la petite maison européenne des débuts est devenue un continent. Elle se retrouve placée en situation d’urgence par rapport à la menace terroriste et au défi migratoire alors même qu’il faut songer à la montée des prédateurs. Ce n’est pas la première fois que l’Europe doit gérer des menaces plurielles et mouvantes. Reste à savoir si l’Europe contemporaine dispose de la capacite de mobilisation nécessaire pour y faire face. Pour la première fois la chine a choisi de menacer l’Europe dans son ensemble sur un sujet d’importance stratégique , en l’occurrence la 5G : sois-vous allez avec Huawei soit vous serez punis. Si nous cédons, il faut craindre que l’histoire ne repasse pas de sitôt les plats.

Michel GABET

L’irruption de la Chine au centre des affaires du monde remodèle la planète dans toutes ses dimensions : économiques, politiques, écologiques et stratégiques. La Chine retrouve sa puissance alors que l’URSS s’est effondrée, que l’Europe vieillit et décline et que les Etats-Unis d’Amérique deviennent de plus en plus isolationnistes.

L’Europe, construite après la seconde guerre mondiale, demeure une puissance économique de premier rang et son marché est le premier pôle de commercial international. Mais d’un point de vu stratégique et politique, l’Europe est disparate, hétérogène et quasi inexistante dès lors qu’il s’agit de souveraineté régalienne

 

L’auteur analyse comment, depuis la première révolution industrielle, les pays européens sont passés du statut de prédateur à celui de proie et comment la prédation a changé de forme. Il explore ensuite les forces et faiblesses de nos prédateurs que sont la Chine, la Russie et les États-Unis et analyse les différentes options stratégiques, en termes d’intérêts et de faisabilité, qui se présentent à l’Europe pour construire son avenir.

 

François Heisbourg, est conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique et a présidé l’International Institute for Strategic Studies de Londres et le Centre de politique de sécurité de Genève.

Philippe ALEZARD

« La plus grande chose du monde, c’est de savoir être soi.Mon opinion est qu’il faut se prêter à autrui et ne se donner qu’à soi même »    Montaigne.

L’objet de ce livre, à l’écriture naturelle, vise sans trace d’afféterie d’être un manuel d’anticonformisme et nous rappelle que l’homme est un abductif.

Promouvoir en effet le savoir authentique et la singularité est franchement à rebours du conformisme, de l’obéissance aveugle et de la passivité.

L’idée de « démocratie concertative »  que plaide Michel Hervé n’est pas une démocratie de façade ! Elle va au-delà de la démocratie représentative ou de la démocratie participative.

Un des pivots de ce concept est la « fraternité », car elle produit de l’intelligence collective, évitant au passage la tentation du repli sur soi et l’idée de chef à poigne.

L’auteur souligne l’ambivalence de la réalité et le fait que l’outil n’est plus exsudé de l’humain pour devenir toujours plus indépendant avec ses promesses et ses conséquences.

A son sens, l’institution qui doit faire l’objet de toute notre attention réformatrice c’est l’entreprise, car trop enkystée dans ses hiérarchies bureaucratiques et rétrogrades.

Il y a du plaisir et de l’intérêt professionnel à lire ce livre utile, astucieux et porteur d’espoir.

Michel Hervé est le Président-fondateur du Groupe Hervé. Il a exercé des mandats politiques locaux et nationaux et européens, a été professeur associé à l’université et président de l’institut financier de capital risque.

GODET DESMARAIS

L’auteur retrace les étapes de la mise en oeuvre de l’Union bancaire européenne, puis de l’union des marchés de capitaux. Il s’efforce de dégager les spécificités françaises au sein de ces deux unions. Il analyse les réglementations micro-prudentielles et notamment, le mécanisme de la titrisation des créances, en dégageant les différences entre les marchés américain et européen. Il expose les risques que fait encourir le développement du shadow banking et les défis réglementaires qu’il suscite. Il conclut en montrant les enjeux d’une meilleure intégration des banques et des marchés financiers européens.

Il considère que les réformes bancaires mises en oeuvre depuis le début du siècle peuvent être jugées encore insuffisantes, mais qu’elles sont bien orientées. C’est notamment le cas du ratio de levier bancaire, du ratio de liquidité à court terme, du relèvement des fonds propres bancaires, du traitement des établissements systémiques, ou de la supervision de la gestion des risques par l’Union bancaire. Les avancées de l’union des marchés de capitaux contribuent dans l’ensemble à améliorer la situation des fonds propres des entreprises européennes. Apres avoir perdu le monopole des opérations de base, les banques s’efforcent de reconcentrer leurs réseaux d’agence et d’étoffer leurs offres de crédit à moyen et long terme.

L’ouvrage est rédigé dans un style accessible et est bien documenté.

Nicolas Huchet est enseignant-chercheur à l’université de Toulon.

J-J. PLUCHART

L’Institut Louis Bachelier publie en juin 2020 un livre blanc intitulé « Blockchains & développement durable » (130 pages), qui mérite une attention particulière parmi les nombreux ouvrages et articles consacrés à la blockchain. Le livre blanc présente 200 cas d’usage illustrant les diverses applications de blockchains qui contribuent à la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) fixés en 2015 dans le cadre de « l’agenda 2030 », par 193 membres de l’ONU. Les ODD visent 169 cibles et font l’objet de 232 indicateurs-clé qui contribuent à la régulation des politiques publiques et des stratégies des grandes entreprises.

Les auteurs du livre blanc s’efforcent de répondre à la question : comment les blockchains peuvent-elles contribuer à accélérer la réalisation des ODD ? Ils visent à montrer comment les 3 générations de blockchains se sont adaptées aux différentes chaînes de création de valeur des principales filières d’activité (commerce, agriculture, énergie, industrie, immobilier, finance). Ils expliquent par quelle ingénierie conjuguant la Business Intelligence (BI), l’Intelligence Artificielle (IA), le big data et l’Internet des Objets (IoT), les blockchains s’imposent de plus en plus comme le « socle de la confiance collective » nécessaire aux progrès social, sociétal et environnemental. Elles s’affirment comme une « nouvelle technologie de consensus » instaurant la confiance entre les parties prenantes d’une même transaction. L’usage de blockchains devrait ainsi rendre   transparentes  des chaînes de valeur de plus en plus complexes  qui encadrent les interactions entre des acteurs de plus en plus nombreux.

Le livre blanc rappelle les fondements techniques des blockchains, fondées sur les mêmes principes: « une base de données distribuée, un réseau pair-à-pair, un mécanisme de consensus ».  La 1ere génération porte sur le bitcoin, conçu en 2008 par Satochi  Nakamoto, qui repose sur un « minage » par une « preuve de travail »  et une cryptographie de bloc de  données. Avec l’invention du bitcoin, pour la première fois depuis le début de l’informatique, la propriété d’un bien numérique peut être transférée sans être dupliquée  ni passer par un registre centralisé.  La 2e génération est celle de  l’etherum mis au point en 2015 par Vitalik Buterin. Elle permet de créer des contrats autonomes (smart contracts) favorisant la vérification, la transmission et l’application d’accords complexes, consultables en ligne et opposables aux tiers. La 2e génération de blockchain émet des jetons (token) par un processus de cryptographie et de valorisation permettant de rendre liquides presque tous les types d’actifs (devises, crédits carbone, titres de propriété, contrats…).  La 3e génération (dite de l’IOTA) porte depuis 2015 sur des crypto-devises régies par des protocoles open source permettant de monétiser des données issues notamment de l’IoT (smartphones), de la tag RFID[1], des capteurs et des actionneurs. Son fonctionnement est différent des précédentes générations de blockchains puisqu’il est fondé sur une technologie utilisant le concept de graphe dirigé acyclique (DAG), dont l’infrastructure décentralisée s’appelle le Tangle (entrelacs/enchevêtrement). Alors que les transactions en bitcoins  sont regroupées en blocs et validées par des mineurs, les transactions en IOTA sont à la fois indépendantes et reliés entres elles à travers un réseau « entrelacé ».

Les projets étudiés dans le livre blanc ont été classés en neuf domaines  répondant aux ODD : 1. L’identité numérique ; 2. La circulation monétaire ; 3. La sécurisation du foncier; 4. L’agriculture durable ; 5. L’accès à la santé ; 6. Les énergies renouvelables ; 7. La consommation responsable ; 8. La traçabilité des matières premières ; 9. Le fonctionnement des administrations publiques.

Le livre blanc recense notamment les projets portant sur « l’identité numérique souveraine » (self-sovereign identity), qui vise à sécuriser les transferts de données personnelles. Il expose les recherches développées par l’alliance entre Accenture, Microsoft Mercy Corp et Hyperledger. Il présente les systèmes IRespond, et X-Road, puis recense les applications permettant de prouver une identité, d’authentifier des titres de propriété foncière (projets Bitfury, Ubitquity, Bitlend)  et d’organiser un vote (Agora).

Les propriétés des blockchains – en particulier la traçabilité, la transparence et l’enregistrement inviolable des données sur un registre –  permettent la mise en place du reporting et le suivi des actions dans le cadre de l’Accord de Paris. Plus d’un millier d’initiatives ont été lancées à l’échelle mondiale afin de gérer les droits d’émission de gaz à effet de serre. Le projet lancé par IBM et l’Iridium Lab Ltd vise à « jetonner » les  crédits bas carbone. La coalition « « climate chain » créée à Paris en 2017 regroupe 170 membres et s’est fixée pour objectif l’avancement des Distribute Ledger Technologies (DLT) en faveur des solutions accompagnant le changement climatique. D’autres applications devraient contribuer à financer les  projets bas carbone par des Initial Coin Offerings (ICO). Les blockchains pourraient également favoriser le traçage de « l’électricité verte » (issue de la biomasse,  du solaire et de l’éolien), grâce aux applications de Lition et d’Engie. Elles pourraient aussi organiser « l’autoconsommation collective locale » de l’électricité par des « réseaux microgrids » (projets Brooklyn Microgrid, jetons Solar Coin, Lyon Confluence, Sunchain). Ces projets visent la certification « CDM Gold Standard ».

Le commerce responsable implique une traçabilité des produits et des modes de production,  ainsi que le raccourcissement des chaînes logistiques. Leur développement donne actuellement lieu à de multiples projets dans les secteurs des matières premières et de l’agriculture (Better Cobalt, Everledger, Agunity, AgriLedger, AltFinlab, Bext360).

Afin de rendre « l’argent programmable », plusieurs projets visent à mieux contrôler les transferts de fonds (Stellar, Suremit, TEMPO), les investissements à impact social (TREE Token, Sun Exchange), les « monnaies complémentaires », qui flèchent les achats des consommateurs (Impak Finance, Grassroot cooperative, Bancor, Atomic swap), l’inclusion financière des personnes non bancarisées (Humaniq, Arcadia Blockchain Technologies), la collecte philanthropique (AIDChain, Helperbit) et le traçage des collectes alimentaires.

Les auteurs du livre blanc s’interrogent également sur la mesure des impacts des investissements basés sur la « tokenisation » et sur la traçabilité des engagements sociétaux des entreprises pris en faveur de la responsabilité sociale et environnementale. Les blockchains deviennent ainsi des « briques de confiance » dans le financement participatif de projets énergétiques innovants par des plates-formes de crowdfunding ou de crowdlending, comme Enerfip, Lendosphère ou Lumo.

Les auteurs   s’efforcent également de montrer l’intérêt de la blockchain dans l’intégration des ODD dès la conception du produit ou du service (Développement durable by design) et dans la construction du business model de l’entreprise (conformément au modèle de Venkatramen)..

Les auteurs s’appuient sur une abondante documentation universitaire et professionnelle. Ils analysent de nombreuses micro- expériences et posent les principales questions soulevées par l’apport des blockchains à la responsabilisation sociale et environnementale des entreprises. Ils sont enseignants-chercheurs (J-A-F. Schlumberger et P. Geoffin) et consultants (S. Voison et P. Campsavoir).

J-J. PLUCHART

Le dernier essai de BHL est un plaidoyer philosophique en faveur de la responsabilité et de la liberté. Il dénonce le « grand enfermement » de la population mondiale au nom du « risque zéro ». Il invoque les philosophes comme Platon, Nietzsche et son maître Canguilhem, afin de s’insurger contre la « mise en servitude » des peuples au nom d’un nouveau « catéchisme virologique ».  Il cite volontiers Michel Foucault, dénonciateur des nouvelles formes de panoptisme et observateur de la « naissance de la clinique », à l’occasion des épidémies de peste.  Il dénonce la « sidération » des intellectuels » qui ont « fait parler le virus » en le qualifiant de « grand soir » sanitaire, de « crise finale », de « fin de l’histoire »…  Il critique les « rentrez chez vous » et les « va-t-en guerre » des gouvernements et les « matraquages de masques et de gants » des médias. Il constate que la « litanie quotidienne des morts, entubés et hospitalisés » a permis le retour des « hygiénistes et des collapsologues ».   Il n’épargne pas les médias qui s’extasient sur notre capacité à rendre sa place à la nature, à faire entrer l’air de la campagne à Paris, à renoncer au capitalisme international…

Il constate que les Etats- providence sont devenus des « Etats de surveillance ». Il rappelle que la pandémie a été l’occasion pour les leaders populistes de réactiver les nationalismes et pour les extrémistes de poursuivre leurs actions destructrices. Loin de constituer une forme de catharsis, la crise a contribué à réanimer les « vieilles lunes » souverainistes et socialistes.

Bernard-Henri Levy est philosophe, essayiste et auteur à succès.

JJ  PLUCHART

Complexité, instabilité, prélèvements records : telles sont les caractéristiques du Système fiscal français qui épuisent les contribuables sur lesquels se concentrent  « son incidence »  c’est à dire le poids de l’impôt…  C’est ce grand désordre que ce duo éminent d’auteurs , économistes et experts de la finance, analysent, en  dressant un panorama sans  concessions , mais aussi en proposant  des éléments de réponse à apporter  à cet « handicap» majeur national pour notre compétitivité. L’opinion publique attend- elle trop de l’impôt ?  Le gaspillage des deniers publics qui en ressort, ne tient-il pas à ce que les gouvernements se trompent  régulièrement de cibles en se méprenant sur la réaction finale des contribuables ? la politique fiscale doit certes rester au service de la justice  sociale , mais la meilleure approche consiste–t-elle à développer cette hystérisation sur les « riches » , les actionnaires et les dividendes ? … es auteurs proposent d’ ordonner en priorité la fiscalité selon une logique économique afin de bien mesurer le partage entre les  catégories sociales et de  ainsi l’ efficacité des politiques fiscale S’appuyant sur de nombreux exemples et une large documentation , l’ouvrage permet de comprendre comment nous en sommes arriver là et quels peuvent être les principes d’un « bon impôt »  que le philosophe John Rawls, avait déjà envisagé : s’ attaquer d abord à la pauvreté en ménageant au mieux liberté et égalité.                                                                    Cette remarquable parution s’affirme comme un « appel à la  réforme et à un combat contre la doxa du « tout Etat » et  du « tout impôt » , en permettant de  briser quelques tabous……

Vivien Levy-Garboua, ex Banquier, auteur lauréat du Prix Turgot, professeur à Sciences po et Gérard Maarek est l’ancien Secrétaire général de l’Insee.

Jean louis CHAMBON

Le livre démontre la pertinence du pragmatisme pour l’étude des organisations et de leur management, à l’ère de l’intelligence artificielle et du big data. La pensée sur les organisations, de nature académique ou managériale, se partage en deux courants. D’une part, la vision dominante, qui relève du rationalisme cognitiviste, conçoit l’organisation comme une structure logique de traitement de l’information et de la décision, fondée sur des représentations rationnelles de l’action collective. D’autre part, de nouveaux courants de recherche montrent, depuis les années 1990, que cette approche rationaliste sous-estime la nature complexe, mouvante et incertaine des phénomènes organisationnels. Les approches pragmatiques de ces phénomènes   reposent sur une critique radicale des dualismes qui détournent les recherches sur l’organisation : pensée / action, représentation / réalité, conception / utilisation, décision / exécution, valeur / fait, fins / moyens etc… Le pragmatisme souligne l’importance de l’expérience vivante et propose une vision processuelle et relationnelle de l’organisation, vue comme « processus organisant » ou « organizing », à la fois  incertain et en mouvement, afin d’établir une compréhension collective et opérationnelle des situations  rencontrées. Le livre présente les principaux concepts « pragmatistes » (médiation sémiotique, habitude, enquête, transaction, abduction, valuation) et les illustre à travers des exemples concrets inspirés de l’expérience managériale de l’auteur.

L’auteur (X-Mines) est professeur émérite à l’ESSEC.

JJ  PLUCHART

Depuis son dernier livre intitulé « Inégalités mondiales », B.Milosevic est avec  Th.Piketty le champion de la lutte contre les inégalités. Son dernier livre prolonge la réflexion initiée par Fukuyama sur « la fin de l’histoire ». L’auteur montre en effet que la capitalisme règne désormais sans partage en Europe, aux Etats Unis comme en Asie. Le système capitaliste présente les trois mêmes principes dans ces trois zones : une production dictée par le profit, une main d’œuvre majoritairement salariée, un capital privé avec une gouvernance plutôt décentralisée. Il distingue toutefois deux formes de capitalisme : libéral et méritocratique, autoritaire et d’Etat. Il démontre que l’extension du capitalisme a contribué à élever le niveau de vie moyen, mais également à creuser les inégalités , car la part du capital dans le revenu mondial a progressé de 4 à 5 % au détriment de celle du travail , à la fois dans les pays riches et les pays pauvres. L’auteur analyse également l’évolution des formes du travail et il prédit un développement du travail à distance et donc, un recul des migrations de population. Il s’interroge enfin sur les alternatives au capitalisme actuel, pour conclure que ces dernières ne peuvent qu’être pires.

Branko Milosevic a été économiste à la Banque mondiale. Il est l’auteur de la courbe de l’éléphant qui modélise  la distribution des revenus dans la monde.

JJ  PLUCHART

Voilà un très remarquable ouvrage de vulgarisation ( et de formation) au sens noble du terme. L’objectif est de fournir à un public large, c’est-à-dire incluant toutes les personnes, entreprises, investisseurs,  enseignants…, concernés par l’Economie, pas seulement au plan macroéconomique, mais aussi au plan des décisions quotidiennes d’investissement, de gestion de ses dettes, etc… Dans cette perspective l’ouvrage présente 3 qualités distinctives remarquables :

A spectre très large, il couvre, ce qui est tous les concepts clés d’analyse économique qu’il s’agisse de fonctionnement des marchés, de valorisations des actifs, de manipulation des taux d’intérêt, de mesure et de gestion de la masse monétaire,  déficit public…

Abondamment illustré, il est d’une lecture simple et éclairante, car se situant au bon niveau de croisement entre théorie et application pratique

Et surtout , ce qui est rare, écrit par un professionnel des affaires qui a une double casquette de gestionnaire sur les marchés et d’économiste, il respire le concret en faisant, de manière systématique,  la passerelle entre théorie, économique et décisions de gestion.

Denis MOLHO

La lecture du dernier livre de J.Mokyr est recommandée en ces temps de crise. Il s’interroge sur les origines de la culture de croissance qui anime la société occidentale et sur les entrepreneurs de croissance qui ont marqué son histoire. Il relativise l’importance des facteurs traditionnellement invoqués – le charbon anglais, la culture protestante, les  institutions  démocratiques –  pour expliquer l’avènement de la société industrielle. Il attribue cette expansion à l’éclosion des savoirs utiles comme moteurs de progrès technique. « La culture technique partagée a changé les attitudes envers le monde naturel, considéré comme domesticable afin de servir l’intérêt matériel de l’humanité ». L’auteur rappelle les apports des principaux entrepreneurs culturels qui ont marqué l’histoire : Galilée, Bacon, Newton, les philosophes du siècle des Lumières…  Il montre que ces penseurs de la République des Lettres échangeaient   leurs idées grâce à leurs livres et leurs lettres et que cette confrontation  a permis l’émergence de nouvelles visions du monde réel. C’est la diversité des cultures européennes qui a le plus contribué, au fil des siècles, aux plus grandes avancées scientifiques et techniques. C’est pourquoi il attribue la « stagnation séculaire » actuelle à l’universalisation de la culture contemporaine.

Joel Mokyr est un historien économique américano-israélien né aux Pays-Bas. Il est professeur d’économie et d’histoire à la Northwestern University.

JJ  PLUCHART

Edgar Morin a vécu toutes les crises du XXe siècle. Il propose de saisir l’opportunité offerte par la pandémie pour « changer de voie ». Il fustige la mondialisation des échanges et la délocalisation des usines occidentales, responsables du désarroi des nations européennes après  la fermeture de leurs frontières. Il préconise une coexistence entre les mouvements apparemment contradictoires de mondialisation et de  « démondialisation », afin de préserver à la fois les économies émergentes et les territoires désindustrialisés. Il propose de relancer la croissance des « services essentiels », comme la santé, l’éducation, l’agriculture biologique, les énergies vertes… Il conseille de réduire la part de « l’économie du frivole ou de l’inutile ». Il dénonce les inégalités sociales qui se sont creusées pendant la crise du covid, et il propose de les combler en fiscalisant le capital, défiscalisant les bas revenus et revalorisant les petits métiers.

L’essai n’apporte pas d’idées réellement nouvelles, mais sa lecture laisse transparaître une volonté partagée de retour à l’essentiel, de respect du bien commun et de recherche (désespérée !) d’une « troisième voie » entre le capitalisme et le socialisme.

Edgar Morin (98 ans) est l’auteur de la Méthode, qui théorise la complexité du monde.

JJ  PLUCHART

On ne présente plus l’auteur, Christian de Perthuis, professeur d’économie à Dauphine et fondateur de la Chaire Economie du Climat de cette Université.

Cet ouvrage n’est pas un Nième ouvrage sur la COVID 19, il a d’abord le grand mérite d’être en résonnance directe avec son ouvrage précédent « l’horloge du tic-tac climatique ».

Tout d’abord l’auteur met en exergue les faux jumeaux que sont le réchauffement climatique et la COVID-19. Si le premier est anthropique, nous avons la maîtrise des émissions de CO2, puisque nous le produisons. Au contraire, la COVID-19, qui circulait dans le milieu naturel depuis certainement très longtemps, n’est pas une production anthropique. Mais sa propagation interroge les modes d’organisation de notre société.

Il décrit ensuite cette mécanique du double rationnement lié au confinement. Du côté de l’offre, un rationnement du travail, du côté de la demande, un rationnement drastique sur les achats. Les deux conséquences les plus spectaculaires sont d’un côté l’effondrement du prix du pétrole, allant jusqu’à des prix négatifs, de l’autre, l’explosion de l’épargne forcée. Un des résultats en est le creusement des inégalités, chacun ne vivant pas ce double rationnement de la même façon.

En conséquence directe, le quasi arrêt des émissions de CO2 a été spectaculaire, et ce qu’aucune action climatique n’avait pu tenter ou approcher, la COVID 19 l’a fait ! Mais là, l’auteur lance l’alerte, et rappelle que ce n’est pas le flux des émissions de CO2 qui réchauffe la planète, mais le stock accumulé dans l’atmosphère. Il faudra être très vigilant sur le risque d’effet rebond, à la sortie de la pandémie, si on veut atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

L’économie de sortie du confinement est au cœur de toutes nos préoccupations, mais comme l’a rappelé le Docteur Fauci, c’est le virus qui fixe le calendrier. S’en suit un « tour du Monde » du traitement de l’économie face au virus, ce qui permet d’interroger Occidentaux et asiatiques sur une éventuelle meilleure réponse de l’Afrique face au virus. Si tel est le cas, ils seront cependant les premiers impactés par la récession mondiale. Dans tous les cas, la cohésion sociale sera le facteur clef de la résilience, partout dans le Monde.

Dans cette optique, l’auteur nous invite alors à réfléchir à une relance européenne verte, initiée avant la pandémie, et prenant en compte les spécificités de nos faux jumeaux : les exigences de la lutte contre le virus ne bénéficient pas mécaniquement à la lutte contre le réchauffement climatique. Quelques pistes, investissement énergétique, relocalisations en investissant sur la nouvelle filière en devenir zéro carbone, désinvestissement des fossiles, en se donnant des moyens et des instruments financiers et fiscaux spécifiques : échange de quotas de CO2, taxe carbone, etc… L’évolution est trop lente, mais la prise de conscience réelle quand le gouverneur de la banque d’Angleterre, Mark Carney annonce clairement : « si la finance n’intègre pas le climat dans sa panoplie de gestion des risques, elle surestime gravement la valeur de ses portefeuilles d’actifs. » Ce n’est qu’un début, et on réentendra bientôt parler de stress test climatiques, mais aussi de taxonomie (partage du vert et du non vert). On passera sur toutes les réformes fiscales nécessaires, mais trop longues à énumérer ici. Elles devront être incitatives et distributives. Elles sont complexes à mettre en œuvre, car pour être efficaces elles devraient être européennes, ce que ne permettent pas encore les institutions européennes, contrairement à la politique environnementale.

Pour conclure, il y aura résilience après la pandémie pour ouvrir sur un Monde encore incertain et inconnu, les temporalités du virus et du climat n’étant pas les mêmes. Parmi les nombreux facteurs, participant à la résilience de la société Post COVID, la biodiversité doit retrouver une place essentielle, tant elle nous fournit de services jusque-là ignorés. Il faut avoir une approche systémique de l’environnement et de ses écosystèmes.

Nous ne pouvons plus nous considérer comme le centre entouré d’autres êtres vivants, mais comme l’environnement d’une multitude d’autres êtres vivants, dont il est risqué de perturber l’organisation. C’est à cette inversion mentale, que nous invitent des anthropologues, comme Philippe DESCOLA, en ligne directe avec ce que suggérait déjà Spinoza au 17ème siècle !

Patrick MAGNE

Auteur de plusieurs ouvrages de référence, lauréat du Prix Turgot, professeur émérite des Universités, Jean-Jacques Pluchart, fort de son expérience   de  dirigeant  d’entreprise, propose  dans sa nouvelle parution une vaste enquête auprès des directeurs financiers et du contrôle de gestion, des développeurs des systèmes d’information et des commissaires aux comptes, sur les nouveaux systèmes de pilotage des performances financières et extra-financières des entreprises.

 L’enquête fait appel à une méthodologie originale basée sur des sondages et des entretiens approfondis. Elle porte sur les approches développées par les principaux acteurs – parmi lesquels les grands cabinets d’audit-conseil – afin d’accompagner les entreprises dans le développement et l’implantation de leurs systèmes d’aide à la décision et de reporting. L’auteur rappelle les fondements théoriques et les références légales et normatives, puis analyse les   modèles de performance, les plans d’actions, les systèmes d’information et les procédures de contrôle mis en œuvre par chacun des trois maillons de la chaîne d’information financière et  extra- financière.

Les lecteurs de cet ouvrage y trouveront des réponses à de nombreuses questions : comment définir et mesurer la performance globale d’une entreprise ? Comment construire sa batterie d’indicateurs ? Comment organiser la procédure de reporting sociétal ? Comment gérer les données extra-financières dans les entreprises « data-driven » soumises à une obligation de reporting extra-financier ou à une initiative de reporting volontaire ? Quels sont les principaux systèmes de traitement des donnés extra-financières internes et externes actuellement exploités dans les PME/ETI ? Comment implanter ces nouveaux outils dans les PME/ETI ? Selon quels référentiels sont effectuées les diligences des contrôleurs ? Quels sont ou pourraient être les apports de la digitalisation aux procédures de contrôle de l’information extra-financière ? Quels pourraient être les apports de la blockchain et des smart contracts à cette chaîne ? Quels nouveaux services les cabinets d’expertise comptable peuvent- ils apporter aux PME ?…

Tout le mérite du livre est, selon l’expert H. Alcaraz, d’apporter des réponses   précises  aux questions que  se posent  actuellement les entrepreneurs et les managers.

Jean-Louis CHAMBON

«Si, dans notre tête, nous ne savons pas ou nous allons en regardant béatement ceux qui font mal, nous le savons en agissant »

Ce livre est une quête, un vol de l’aigle pour l’auteur, « comment concevoir le reste de sa vie » ? Il fait le constat que ce qui manque le plus cruellement c’est du lien, car nous n’avons en partage que la solitude, alors que la seule chose qui donne du sens, c’est la communauté.

 

Mais comment agir sur les schémas anciens qui cherchent par tous les moyens à durer, alors même qu’ils nous ont forgés dans ces trois composantes que sont la société civile, l’État, et les entreprises ?

Pour Grégory Pouy, cet opus est un point d’étape qui donne des directions et pointe des solutions envisageables et des façons d’évoluer pour retrouver notre équilibre, en passant de l’écologie à « l’écosophie », cette sagesse de la nature.Ce n’est pas nous éloigner de l’évolution que d’avoir un regard lucide sur le fait que l’obsession de l’optimisation du temps et de l’intérêt, ce n’est pas cela la vie !

Méfions-nous donc du culte de la rationalité technique.

Lisez dix lignes prises au hasard et vous ne serez pas déçu. Pas de cynisme affable ni de perfidie pateline.

Grégory Pouy est analyste culturel, consultant spécialiste du marketing digital. Il accompagne les grands groupes dans l’intégration des mouvements de société à leurs stratégies. Il est le créateur de « VLAN ! » un podcast diffusé sur des plates-formes digitales qui permet de mieux comprendre nos modes de vie.

F.GODET DESMARAIS

Le dernier ouvrage d’Alain Redsloeb restitue ses réflexions sur l’évolution des recherches en sciences économiques depuis l’Antiquité. Il dégage les influences respectives des principales écoles de pensée et montre leur fertilisation par d’autres disciplines comme la philosophie, la sociologie, l’histoire… Il dresse un tour d’horizon des grands problèmes économiques contemporains.  Il s’interroge en particulier sur les effets positifs et négatifs de la mondialisation. Il délivre des idées originales sur les crypto-actifs, dont il retrace la filiation depuis certaines monnaies antiques. Il se montre raisonnablement optimiste sur l’avenir de l’économie mondiale. « Notre monde n’est encore que sur le pas de porte de la maison innovation »… « La mondialisation embrassera d’autres dimensions et épousera une autre chronométrie ».

Alain Redsloeb est professeur émérite d’économie à l’Université Paris II, auteur de plusieurs manuels de micro et de macroéconomie.

JJ  PLUCHART

L’auteur présente la méthode CARE/DLT de comptabilité globale, à la fois financière, sociale, sociétale et environnementale, actuellement préconisée par plusieurs experts comptables, économistes et écologistes. Il rappelle les principes de la comptabilité en partie double, initiée au XIVe siècle par Datini, commerçant florentin. Il critique ensuite le référentiel IFRS appliqué actuellement dans la plupart des pays, qui est fondé sur l’enregistrement au passif du bilan de l’entreprise, du capital détenu par les associés ou actionnaires, qui sont ses seuls décideurs.  L’auteur préconise d’étendre ce principe aux autres créanciers (notamment aux banques), aux salariés (le capital humain, représenté par des partenaires sociaux) et aux autres parties prenantes (le capital naturel, représenté par les pouvoirs publics et des associations). Le modèle CARE est fondé sur la théorie conçue par Gary Becker, prix Nobel d’économie, selon laquelle les différentes formes (financière, humaine et naturelle) du capital doivent être mesurées et conservées dans le cadre des activités productives. L’entreprise est ainsi redevable vis-à-vis de l’ensemble de ses parties prenantes, qui assument la responsabilité collective de sa gouvernance.

L’application de ce principe soulève toutefois de multiples difficultés qui ne sont qu’évoquées par l’auteur : comment évaluer ces différents capitaux ? A quels horizons et avec quelles primes de risque projeter les « dettes » de l’entreprise ? Comment assurer simultanément dans tous les pays la disparition du capitalisme financier, la révision du droit des sociétés, la transformation de la finance de marché , la réforme de la comptabilité publique…

Jacques Richard est professeur émérite de comptabilité. Il est assisté par Alexandre Rambaud, enseignant-chercheur à AgroParisTech.

JJ  PLUCHART

Hubert Rodarie rappelle l’histoire du système monétaire international, dont les principes (définis notamment par Bagehot) ont été établis à Bretton Woods (1944) puis réformés en 1971 et 1976. Il constate que les principes du système ont été souvent transgressés et que son   fonctionnement s’est gravement déréglé, notamment depuis la crise de 2008, au point d’être désormais bloqué avec un montant considérable de dettes publiques et privées, des taux d’intérêt proches de zéro ne couvrant plus le coût du risque, des marchés des changes déséquilibrés, de profondes inégalités entre les zones économiques et entre les groupes sociaux. La création monétaire par les banques centrales au cours des années 2010 n’a fait qu’alimenter des bulles sur les actifs sans réellement financer les investissements productifs.

C’est pourquoi, s’inspirant du plan de Chicago (1933) et des propositions formulées par plusieurs économistes non alignés, comme Gael Giraud et Lord Turner,  Hubert Rodarie   propose d’engager des réformes radicales visant à supprimer des montants significatifs de dettes publiques (monétarisées par les banques centrales), à limiter la création monétaire au financement de la dette publique, à aligner les crédits privés sur les dépôts bancaires, à refonder les marchés des changes et à limiter la division Internationale du travail en relocalisant   la production des biens aisément reproductibles. 

Hubert Rodarie est conscient des difficultés et des risques engendrés par cette « révolution copernicienne », dont la mise en œuvre exige un consensus international ainsi que la confiance des épargnants et des investisseurs, mais il ne la juge pas moins inévitable.

Hubert Rodarie est président de l’Association des investisseurs institutionnels. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles sur les problèmes monétaires. Il a reçu le prix DFCG-Turgot.

 

JJ  PLUCHART

Depuis les années 1980, l’endettement global ne cesse de croitre. Chaque crise a été un alibi  à l’augmentation de la dette. Elle a envahi tous les bilans, aussi bien privés que publics. Mais toutes les dettes ne sont pas de même nature.

Quand une banque centrale achète une obligation émise par un état, elle crée de la monnaie pour payer le vendeur. Elle fait de la monétisation. Quand l’état crée cette dette pour se substituer aux acteurs économiques, banques et entreprises, c’est la socialisation de la dette. L’état va prendre en charge les crédits privés en défaut. Ce faisant il pérennise la monnaie initialement créée lors de la mise en place de ces crédits. Cette dette est en quelque sorte une masse monétaire détenue par des agents économiques.

Dès lors, la banque centrale peut-elle retirer ces liquidités sans créer un risque majeur d’instabilité financière et d’insolvabilité ou doit-elle continuer perpétuellement ? Non, donc quel moyen trouver pour sortir de cette impasse ? L’auteur propose un effacement de la dette monétisée. Mais peut-on aller au-delà des traités, peut-on le faire sans réduire la masse monétaire équivalente, quel impact sur la confiance, sur la politique, sait-on le coordonner mondialement au niveau de toutes les banques centrales ?

De plus, franchir ce Rubicon ne saurait s’envisager sans une réforme de la création monétaire, sans une déconcentration de l’organisation mondial du travail et des systèmes productifs et enfin sans éradiquer les moyens de contournement du caractère équilibrant du taux de change flottant.

Pour Hubert Rodarie, le temps est venu de déconfiner la pensée monétaire, de sortir les structures politiques et économiques du carcan cognitif dans lequel elles se sont enfermées. C’est l’objet de cet exposé pédagogique.

Hubert Rodarie, Président de l’Af2i, Association française des investisseurs institutionnels, a dirigé des sociétés de gestion et a été DG délégué d’un groupe d’assurances.

Philippe ALEZARD

Si vous êtes un lecteur intellectuellement curieux, sensible aux questions économiques  et  financières et volontiers ouvert à intégrer les disruptions  de  toutes natures qui traversent  notre planète, alors le nouvel essai de Hubert Rodarie   va vous combler.  Mais il est probable que vous en sortiez pas  indemne de vos  certitudes.!

 La thèse qu’il soutient en  effet vise à proposer une réforme  radicale  tant monétaire que des échanges internationaux , commerciaux et  financiers.  Vaste programme !  aurait pu redire « le Général »… Tant de pages  et de rapports plus ou moins  scientifiques ayant déjà  été noircies sur ce thème  dont l’actualité pandémique n’est plus à démontrer.  Mais les propositions  de l’auteur qui s’appuient  sur un diagnostic sans appel de l’impasse dans laquelle s’est progressivement enfermée l’ économie mondiale  depuis les accords  de  Bretton Woods , générant   structurellement) de plus en plus de dettes  et de moins en moins de  croissance, relèvent plus de l’électrochoc que du « consensus mou», qui hélas est souvent préféré au débat  scientifique de fond:

      – Non pas parce qu’elles émanent d’un des plus grands professionnels de l’investissement  dont l’ expertise, l ‘expérience  et la rigueur scientifique sont unanimement  reconnues par ses pairs ,mais  surtout ,parce qu’elles touchent à un tabou  économique quasi philosophique :  « les  dettes publiques» , en  remettant en cause leur nature même et leur finalité.

 Aussi,  pour suivre Hubert Rodarie dans  sa démonstration ,  il vous  faudra quitter les rives paisibles de l’ordre établi du système  international monétaire et financier  qui constitue  pourtant « les fondations  du  système économique » et de l’ orthodoxie monétaire, et vous extraire des amalgames politico-médiatique des déclarations dogmatiques  «  melanchonistes  ou  frontistes » , pour entamer une  véritable  révolution de la pensée :  concevoir ainsi que les  dettes publiques ne sont pas de même nature que les dettes privées  ,  qu’elles  résultent de «  simples » conventions et qu’ elles sont  devenues essentiellement « fiduciaires »  .

 L’auteur en conclut qu‘elles peuvent , être ( en partie ) effacée , sous  réserve de réformes de fond du système monétaire et des  échanges internationaux commerciaux  et  financiers , sans dommages majeurs  pour la stabilité  financière.  Le constat  général reste que le système actuel  est  totalement bloqué .

Malgré toutes les initiatives  « non conventionnelles « QE », les  supervisions et réglementations de toutes natures , les aberrations prétendues temporaires qui deviennent  définitivement incontournables  ,comme les taux d’intérêts négatifs ou la condamnation «  à perpétuité «  du prêteur en dernier ressort etc ,  c‘est l’incertitude qui  reste la  seule  constante  …..avec une  conviction «  les  dettes publiques ne pourront  et ne seront jamais  remboursées.. L e système ne marche plus , ses modèles non plus .Les  acteurs financiers sont confrontés à une incapacité de calcul économique et des modèles de risques. Il  faut donc comme le font les scientifiques en pareilles circonstances  reprendre la recherche à la base, sur les fondamentaux, et les repenser. 

 Pourtant cette décision d’effacement   des dettes publiques (partiel et concerté) serait le préalable pour «  redonner une nouvelle vigueur et un nouveau souffle aux actions , sans attendre une nouvelle  crise : Force est de constater en effet  que si depuis 2008 les politiques monétaires appliquées n’ont  en rien résolu tous les problèmes qu’elles visaient , alors on peut craindre  que rien ne changera  dans l’avenir ,  «  Toutes choses égales par ailleurs » . « …Les  décisions  des autorités monétaires ont été  jugées essentielles pour l’économie  voire en Europe pour l’avenir  même de l’Union … ».  Aussi  sortir de ce  « sentiment  d’évidence  »  qui  veut qu’un ordre établi soit inchangeable  demande un sursaut intellectuel peu commun. Dire que la terre  est  plate  relève aussi  d’un  sentiment d’évidence » !

 Aussi  c’est tout le mérite de l’auteur de proposer un plan d’action cohérent et ambitieux pour « …remettre le dispositif économique et monétaire en place permettant une  croissance  durable en dépassant le  seul plan monétaire par le rééquilibrage mondial de la consommation et de la production de biens et de services aisément  reproductibles et de leurs  valeur ajoutées… »

« .. Si la confiance  que les citoyens occidentaux ont  dans leurs monnaies( fiduciaires entre autres) est le  rempart du monde occidental , ce qui «  relève  du passé  est dépassé »…     notre survie passe peut-être par notre capacité à «  déconfiner » la pensée monétaire et  bruler les  dettes publiques !!

Hubert RODARIE   Président des AF2I , ancien directeur général  délégué  d’un important  groupe d’ assurances  ,est un auteur confirmé , lauréat du Prix turgot –Dfcg et fondateur du  réseau CHRONOS.

 Jean –louis   CHAMBON

Héritée de la Révolution , l’égalité s’est installée sur le fronton de la  République pour témoigner de cette promesse faite aux Français et reprise  en pacte social par le CNR (le conseil national de la Résistance) en 1945. Curieusement, La France  reste le seul pays au monde à avoir prioriser ainsi cette valeur en devise nationale .

C’est dire le défi qui lui est attaché et les débats passionnés ,les prises  de positions tranchées qu’elle  suscite , le tout  exacerbé par la  crise pandémique  censée toucher prioritairement  les plus faibles de la Société.   Sur bien des points , précise l’auteur ,l’égalité reste « une passion française »  avec ce qu’elle transporte de facto d’irrationalité et de fantasme. Il y a d’abord ce déni de la réalité, cette tendance nationale à préférer le  « ressenti » aux faits : Ainsi, alors que la France est ,grâce ( ou pour son malheur) à son « Etat -providence », le pays le plus égalitaire au monde , celui  qui redistribue le plus   (57% de sa production)  , le champion  toutes  catégories des prélèvements obligatoires et des réglementations multiples , il se trouve que certains(avec le député François Ruffin) «  n’hésitent pas à.. recommander…. «  la  fin  de la parenthèse libérale » !  En  réalité la France  a poussé ses vertus égalisatrices jusqu’à devenir au sens plein du  terme  « socialiste » depuis 1975 en renouant avec  son péché mignon  de l’économie administrée et de l’ orgie de la  suradministration .

  « …Les français  surestiment le niveau  des inégalités , préfèrent l’égalité apparente à l’égalité réelle en  s’arc-boutant sur la réduction des inégalités  de revenus , négligent le combat de la mobilité  sociale.. »

Michel de Rosen  éclaire  de son  exceptionnelle expérience de grand commis de l’Etat ,de chef d’entreprise, d’ expatrié, et  « ’enfant  d’immigré » ce rôle  de pionnier   que la  France  joue pour le  développement  de l’ égalité  dans le monde  et dans notre pays. La pandémie agit à la fois comme un catalyseur  et un révélateur de nos forces et de nos  faiblesses :

 L’égalité à la française reste, une  valeur …qui nourrit le progrès  républicain, une réalité … la France championne du monde en la matière, mais ,incarne un fantasme jamais complètement assouvi dans l’imaginaire collectif  (ne serait ce qu’en raison que tout un chacun ,comme le disait un humoriste , estime  « en droit  » d’être un peu plus égal que les autres  et  surtout de son  voisin !).

  Michel de Rosen , en grand sage,  ne croit pas (ou plus)  aux «  grandes  réformes »  radicales. Il avance des pistes pour progresser plutôt « à petits pas sur cet ambitieux chemin en  acceptant que  les inégalités ( jusqu’ à un  certain point ) soient aussi  un  stimulant.

 «comme en thermodynamique :  si tous les éléments  sont à même température il n’est pas possible de faire émerger l’énergie :les différences  créent l’énergie et les  richesses… »

  C’est aussi la pensée de Friedrich Hayeck* que Turgot aurait approuvé :    «..il y a toutes les différences  du monde entre traiter les  gens  de manière égale et tenter de les rendre égaux . La première est une condition pour une société libre alors que la seconde n’est qu’une nouvelle forme de servitude. »

Une contribution intellectuelle précieuse , largement  documentée  pour apporter sur ce sujet qui sans doute animera fortement le «  monde  d’ après », la part  de lucidité qui lui fait défaut. A noter qu’elle se double  d’une post- face  de l’auteur «  Pavane pour l’ énarque défunt », qui à elle  seule aurait mérité une publication à part entière.

Michel de  Rosen,  français d’origine russe , a servi l’Etat ,vécu aux Etats unis , travaillé dans le privé et dirigé de grandes  entreprises . Auteur et grand  expert de l’ industrie.

jean- louis CHAMBON

Voici un livre qui n’hésite pas à contrarier le consensus aveugle et complaisant sur la croyance dans un progrès économique perpétuel. En brisant ce tabou, Raphaël Rossello, praticien de l’économie réelle et technicien respecté des opérations financières de marché, fait office de lanceur d’alerte. Ayant été à la fois témoin et acteur de l’implosion des bulles spéculatives, l’auteur recherche des réponses plus convaincantes que celles exposant à la vindicte populaire les excès de la dérèglementation, la cupidité des traders et la finance scélérate. Son analyse des crises successives s’attarde moins sur leurs symptômes que sur la possibilité d’une cause commune.

L’auteur prend l’exemple de l’inefficience des politiques budgétaires et monétaires américaines qui ont, de plus en plus mal, dissimulé que la croissance n’existe plus depuis un demi-siècle. Proche de son cousin américain, le Royaume-Uni a également échoué avec son acharnement thérapeutique du déficit et de l’endettement. Pire, la France n’a pas connu une seule année d’équilibre de ses comptes depuis 1973. Partageant avec notre pays le même souci de protection sociale, l’Allemagne, en revanche, refuse notre laxisme en matière de finances publiques.

Le Covid 19 nous a fait découvrir à nous les occidentaux notre vulnérabilité, le décrochage de notre tissu productif, la fragilité des acteurs de l’économie réelle insuffisamment financés et  victimes de la disparition des gains de productivité. Cette crise sanitaire pourrait être un accélérateur de ruptures et constituer une véritable opportunité pour dégager des voies pour le futur. Encore faut-il admettre comment notre modèle économique et social, objet de notre fierté, s’est monstrueusement transformé. Notre modèle est devenu stérile après avoir été si fécond.

Les deux siècles de forte croissance de l’Occident entre 1770, naissance de la machine à vapeur, et 1970, fin des trente Glorieuses, avaient donné le sentiment qu’elle était perpétuelle. En l’absence d’un diagnostic innovant sur son déclin depuis lors, on soigne l’économie mondiale comme on traiterait des diabétiques : avec toujours davantage de sucre. Aucun politique n’ose parler de l’état réel de la croissance. Tout autre discours que celui de l’espérance en son retour leur serait électoralement fatal. Le désir d’embellir la réalité est dans l’ordre des choses. Les prévisionnistes ont le discours requis pour que nous gardions la foi en une croissance qui pouvait   tout, apportait tout. Elle symbolisait le progrès. Elle rythmait nos vies, effaçait nos erreurs et celles de nos dirigeants, créait l’emploi et dopait l’ascenseur social porteur d’espérance.

La parade des financiers pour juguler le risque de stagnation séculaire fut la promotion, il y a quarante ans, d’un « effet richesse » doté de vertus anxiolytiques. La puissance de ce placebo financier est devenue sans limites avec la baisse progressive du taux d’intérêt des banques centrales associée à des politiques non conventionnelles d’achats d’actifs augmentant de façon spectaculaire les liquidités destinées à soutenir artificiellement l’effet richesse et la confiance des investisseurs.

Ce mécanisme permet aux grandes entreprises d’afficher ostensiblement leur capitalisation boursière comme preuve de leur performance. Cette croyance est soutenue par les analystes financiers qui s’appuient sur des calculs très rigoureux, mais dont les hypothèses plus incertaines sont celles de leurs dirigeants ayant un intérêt personnel à l’envolée de leurs cours de bourse. La conviction très anglo-saxonne que la valorisation la plus incontestable d’un actif est celle donnée par le marché (« market value ») au détriment d’autres indicateurs,   soutient la légitimité de cet engrenage. L’effet richesse est le fruit de la financiarisation du monde, dont les banquiers centraux et les grands fonds d’investissement utilisant massivement l’effet de levier sont les principaux acteurs.

Les bénéficiaires de cet effet richesse constituent un nouvel entre soi international, qui attire les diplômés des grandes écoles et universités, tant son pouvoir de fascination est grand. Son ruissellement n’est significatif que pour les premiers cercles de sa création et n’a qu’un très faible effet d’entraînement de l’économie dans sa globalité.

Le patrimoine apparent augmentant bien plus vite que la production des biens et services, il est permis de dire que celui-ci est en grande partie devenu artificiel, contrairement aux deux siècles de croissance vertueuse entre 1770 et 1970. Il  a  beau être obtenu artificiellement, il reste si ostentatoire au regard des « oubliés-découragés » qu’il peut être aisément exploité par les mouvements populistes, à ne pas sous-estimer dans nos vieilles démocraties occidentales. Les néolibéraux-progressistes ne sont pas les mieux armés pour combattre ces idées puisque ce sont leurs politiques inefficientes qui ont généré le ressentiment.

Bien avant la crise sanitaire, Raphaël Rossello accumulait des indices concordants de la métamorphose de notre écosystème, depuis que le néolibéralisme s’était substitué au libéralisme originel pour devenir le dogme dominant. Ayant traversé d’autres crises, il s’étonnait de l’insuffisante prise en compte de cette évolution et de sa dangerosité. Aurons-nous l’intelligence et le courage de ne pas reconstruire notre avenir sur le malentendu et les erreurs du dernier demi-siècle ? La consubstantialité entre une fausse croissance en déclin et des déficits récurrents, constituait pourtant une sérieuse alerte. Les statistiques de la Banque Mondiale et de l’OCDE montrent que la croissance des Etats-Unis et de l’Europe s’est infléchie depuis 1971, entamant alors son processus de baisse inexorable. Ces deux zones ne connaissent depuis qu’une croissance décroissante et un déficit public grandissant. Tels sont les faits.

Raphaël Rossello transgresse le politiquement correct en soustrayant du taux de croissance du PIB des nations développées leurs taux de déficits publics. Attitude iconoclaste pour le catéchisme dominant, cette déduction répond au devoir de sincérité auquel les comptes doivent être soumis avant d’être certifiés. Les bonnes pratiques  imposent de défalquer de toutes les données d’une comptabilité, privée ou publique, les éléments négatifs qui leurs correspondent : rattachement des charges aux produits, des passifs aux actifs. Si vous ne déduisez pas des actifs développés ou acquis les passifs engagés, vos comptes sont faux. En déduisant la moyenne des taux de déficit public des cinquante dernières années de la moyenne de leurs taux de croissance, les quatre premiers pays occidentaux ont été, de facto, en récession chronique. Les Etats-Unis en sont les champions avec un taux de récession moyenne entre 1 et 2%, (selon les sources), par an et pendant tout le dernier demi-siècle.  D’où la stupéfaction de l’auteur devant cette réalité énigmatique et inavouable.

Bien au-delà de l’économie, il nous alerte sur les graves conséquences sociales, politiques et intellectuelles qu’entraine la perte de notre boussole historique.  Le premier remède est d’arrêter d’être dans le déni et d‘appeler au retour à la croissance. La question n’est plus de débattre si le néolibéralisme progressiste dominant est bon ou mauvais. Il ne fonctionne plus. Nous devons ensuite refonder notre projet de développement commun en nous adaptant aux transformations à venir. Il faut refonder le progrès sur une renaissance de la contribution humaine et faciliter la reprise des emplois dans un écosystème sans croissance. En particulier, en réduisant le coût du capital,  ce qui fut pour l’auteur le combat de sa vie professionnelle.

JL MULLENBACH

On ne présente plus les deux auteurs de ce remarquable ouvrage, professeurs d’économie à Berkeley. Ils nous expliquent dans le détail l’Ingénierie financière mise en œuvre durant ces 4 dernières décennies pour faire des Etats-Unis, un pays incroyablement injuste, contraire à sa tradition. Si cette injustice a été amplifiée sous le mandat de Trump, les mécanismes mis en œuvre remontent à beaucoup plus loin. Un des grands mérites de cet ouvrage est la mise en perspective de l’évolution des revenus et de la politique fiscale au cours de l’histoire. Ainsi, en 1980, le centile le plus riche gagnait 10% du revenu national, pour 20% aux 50% les plus pauvres. Aujourd’hui c’est quasiment l’inverse : 20% du revenu au centile le plus riche, 12% pour les 50% les plus pauvres.

Parallèlement à ce creusement des inégalités de revenus, la fiscalité n’a fait qu’amplifier cette fracture. C’est ainsi qu’en 60 ans, le taux d’imposition des plus riches est passé de 60 à 23%, tandis que celui des plus pauvres a augmenté de 20 à 25%. Ce système ploutocrate présente le risque que les richesses continuent à se concentrer sans limite.

Si l’Américain déteste l’impôt, celui-ci a connu une évolution spectaculaire, puisqu’entre 1930 et 1980, le taux marginal supérieur de l’impôt était de 78% en moyenne et même de 91% entre 1951 et 1953. L’histoire de la fiscalité américaine nous apprend aussi qu’il existait un impôt sur la fortune au 17ème siècle. Mais c’est en 1988 que la tendance a été inversée, Reagan faisant voter une loi fixant le taux de prélèvement à 28%, après avoir constaté qu’aux niveaux précédents la fraude était endémique. Tellement endémique qu’à partir de 1980 a explosé l’industrie de l’évasion fiscale. Si le Tax Shelter est né quelques années avant Reagan, c’est sous son premier mandat que cette technique dite d’optimisation fiscale prit son envol. Il s’agissait de coquille vide dont le seul charme était de faire des pertes pour mieux les déduire !

Le livre est truffé de chiffres et d’anecdotes documentées permettant d’illustrer le niveau de cette évasion fiscale institutionalisée. Les auteurs passent en revue les différentes causes qui ont conduit à ce désordre fiscal, non seulement aux USA mais dans de nombreux pays : les tax Shelter, la délocalisation des bénéfices vers les paradis fiscaux, la concurrence fiscale internationale, qui est une forme de nouvelle évasion fiscale, y compris au sein même de l’Europe.

Il existe des outils pour contrer ces actions, puisque depuis 2016, les grandes entreprises ont l’obligation de déclarer leurs bénéfices et leurs impôts acquittés, pays par pays. Mais seules les autorités fiscales y ont accès. Des solutions existent, mais il n’y a ni volonté politique, ni coordination. Les auteurs ne se contentent pas de démonter la mécanique fiscale et de la dénoncer, mais aussi proposent des solutions. Par exemple en instaurant un impôt de rattrapage, pour les multinationales qui auraient un déficit fiscal, correspondant à une imposition inférieure à 25%. Mais aussi sanctionner les paradis fiscaux, en quantifiant l’externalité négative qu’ils imposent au reste du Monde.

Il y a aussi une longue réflexion sur la taxation des plus riches, et sur le calcul du taux optimal d’imposition correspondant au taux qui maximise les recettes fiscales. Toute cette partie est très technique et fait appel à des notions comme l’élasticité du revenu imposable, et donc à la relation entre revenu imposable et taux d’imposition.

Face à cette évasion fiscale, profitant aux plus riches, les auteurs proposent la création d’une autorité anti optimisation, très facile à mettre en œuvre, en partant du principe, que la demande d’optimisation fiscale existe, parce que l’offre a explosé.

Les auteurs font de nombreuses propositions pour revenir à une fiscalité plus juste, parmi lesquelles, l’intégration de l’impôt sur le revenu et de l’impôt sur les sociétés. Ils démontrent aussi que si les dépenses de santé ont augmenté, l’accès au soin est devenu tellement prohibitif, que seuls les plus aisés peuvent en bénéficier, et qu’en conséquence l’espérance de vie diminue régulièrement depuis 2017, au détriment des plus pauvres, bien sûr.

Ils terminent en proposant un système fiscal progressif pour le 21ème siècle, qui permettait une assurance santé universelle, mais aussi un système éducatif sinon gratuit, mais permettant l’accès aux études supérieures au plus grand nombre, gage de réduction des inégalités.

Patrick MAGNE

Les mutations colossales de la troisième révolution industrielle ont eu des impacts économiques, sociaux et politiques qui ont conduit au déclassement économique et industriel de la France que l’on observe depuis des décennies.

 

Pour Christian Saint Etienne, le libéralisme est fondé sur le libre arbitre de l’homme. Le monde est soumis à des mutations majeures, des chaos et le libéralisme politique, visant à donner son indépendance à l’individu de raison, peut permettre à l’homme libre, solidaire et rationnel de faire face à ces chaos. 

 

Le libéralisme politique ne peut fonctionner que dans un état de droit avec des règles institutionnelles et constitutionnelles. Le libéralisme stratège permet de définir les instruments rendant opérationnel le libéralisme politique et d’agir au delà  des actions des individus. C’est l’état régalien et stratège. Il doit faire respecter l’état de droit, garantir les libertés, assurer ses missions d’état providence et investir dans des infrastructures scientifiques, physiques et numériques permettant de développer le bien-être collectif à moyen et long terme.

 

Depuis les années 80, l’état stratège a investi sur le social, sur la réduction du temps de travail, sur l’abaissement de l’âge de départ à la retraite en délaissant l’investissement stratégique. Progressivement la compétitivité de la France s’est très fortement érodée. Il est temps favoriser l’investissement productif tout en réduisant la dépense publique par des restructurations dans le domaine de la santé, du logement, de l’éducation et des institutions politiques. C’est l’objet du débat que l’auteur lance dans ses quinze propositions conclusives.  

 

Christian Saint Etienne est professeur titulaire de la chaire d’économie au Conservatoire national des arts et métiers.

Philippe ALEZARD

«.Comprendre les controverses du passé pour éclairer les défis de la Société » , telle  est la noble tâche à laquelle s’attache l’auteur , en publiant  ce petit fascicule aussi précis que précieux pour tous publics. Adoptant une approche « historique », Francesco Saraceno, enseignant dans de prestigieuses grandes  écoles européennes (OFCE , Sciences- Po, la SEP, etc)  expose de façon rigoureuse et très documentée le « combat des idées  » qui ont traversé, au cours des siècles, l’économie et…. les  économistes : le  développement de la macroéconomie,  ses  régulations, par les marchés et /ou les autorités publique , mais aussi,  les affrontements sans  cesse  réactualisés des « écoles » de pensées , néoclassique ,keynésienne , post- moderne,  etc . Mais l’un des  grands intérêts de  cette parution réside dans ses apports factuels, sous forme de « focus » qui lient l’histoire  des idées et  les faits, avec les débats de politique économique contemporaine.  En  effet, bien  souvent dans les commentaires médiatiques  et académiques, la réalité et  les  faits, mesurables et mesurés, s’effacent devant le dogmatisme et le « ressenti », pour obscurcir la compréhension de la  transformation perpétuelle  que les économies éprouvent .

 Bref, une épreuve de  vérité , susceptible sur bien des points  de  tempérer l’observation récente et paradoxale du prix Nobel d’économie Paul Romer :  «il faut  réduire l’influence politique des  économistes..  car ils ne peuvent pas prétendre savoir ce qui est juste ».  Mais preuve est faite qu’ils sont aussi en  capacité  d’apporter  des éléments objectifs  de décryptage des choix possibles au plan politique et économique, en toute humilité.

 Ce n’est pas le moindre des mérites  du professeur Saraceno, et  de l’école Supérieure de la Banque, qui, avec  René  Desbiolles,   et la  Revue Banque,   sont à l’initiative de cette nouvelle et prometteuse collection , dont le titre   « Transformation » est déjà tout un programme.

 Francesco  Saraceno  est  directeur adjoint du  département de l’Ofce-Sciences-po, auteur et enseignant notamment du Master affaires  européennes  à  Sciences –Po.

   JL CHAMBON

« C’est épouvantable ! Comment personne ne l’a vu venir »

S’appuyant sur cette expression d’ELisabeth II aux professeurs de la London Sckool of Economics, Francesco Saraceno a souhaité explorer « les sources de la crise de l’économie 2008 » en raison de sa gravité mais aussi en raison de l’effet secondaire de la crise sur la science macroéconomie.

Pour mieux comprendre « les défis » actuels de notre société, l’auteur déroule de manière historique les grandes étapes de la théorie macroéconomique. Sans être exhaustif, il traite ainsi, de manière très pédagogique, du courant néoclassique, de la révolution keynésienne, la nouvelle contre-révolution néoclassique, du nouveau consensus de Washington pour terminer sur la crise de 2008 qui voit ce « consensus malmené ». 

La qualité d’une approche est éclairée par les débats qui parcourent dans le temps les pensées macroéconomiques. De manière originale, elle est étayée par des « focus » qui apportent une position de l’auteur sur des faits et des questions ou débats actuels.

Il apporte un éclairage académique sur les chemins de la pensée qui ont, tour à tour, dominé les périodes successives. Les enseignements du passé pourraient permettre de rechercher, selon le contexte, les voies d’avenir à éviter. En toute humilité, ils pourraient même aider à trouver une « bonne stratégie économique, sur mesure », qui ne saurait être basée sur une théorie unifiée.  

Francesco Saraceno, docteur en économie, est directeur adjoint du département des études à l’OFCE-Sciences PO. Il est par ailleurs directeur de recherche en théorie macroéconomie, en macroéconomie européenne. Il enseigne, publie et débat dans différentes institutions. Il est membre de conseils scientifiques.

LE MENN

Olivier Sibony est bien connu des auditeurs de Xerfi Canal. Au fil de ses interventions, on comprend vite qu’il s’est forgé une réputation (justifiée) comme l’un des meilleurs pédagogues dans le champ des sciences cognitives. Pour saisir toute la teneur de l’ouvrage, nous ne pouvons qu’inviter avec force le lecteur à parcourir l’introduction du livre. Olivier Sibony y reprend une blague « de multinationale » qui met en scène un Américain et un Français. Le premier à qui l’on propose un plan d’action a priori séduisant demande : « ça marche en théorie, mais est-ce que ça va marcher en pratique ? » Arrive alors le Français qui apportant une nouvelle solution se demande : « ça marche en pratique mais est-ce que ça marchera en théorie ? ». Contre toute attente, pour l’auteur, c’est le Français qui aborde correctement la question en posant le problème non pas sur un cas particulier, mais avec l’ambition de mettre en évidence une hypothèse reproductible et généralisable. Nous savions déjà que l’économie prétend au statut de « science », Olivier Sibony affirme haut et fort que le management, en puisant dans les sciences cognitives, la psychologie, l’économie, les sciences politiques ou la sociologie mérite de s’élever au même rang (nous notons au passage qu’il en profite pour promouvoir l’embauche d’un doctorant afin de développer un savoir qui sera précieux pour l’entreprise). Enfin les 40 clés scientifiques qui constituent autant de petites études de cas toutes aussi pertinentes les unes que les autres sont enrichies par des apports bibliographiques issus de la recherche.

Olivier Sibony assure des enseignements de Stratégie et de « Corporate Strategy » au sein des programmes MBA de HEC. Il était auparavant consultant che McKinsey en tant que Directeur Associé Senior. Ses travaux actuels concernent la « stratégie comportementale », c’est-à-dire l’application des sciences comportementales à la prise de décision stratégique.

Alain BRUNET

Voilà un ouvrage très intéressant et, en même temps, facile à lire par des profanes. L’ouvrage, écrit par un ancien administrateur de l’INSEE sachant faire vivre les chiffres, balaie large et  fait ressortir, de manière claire toute les contradictions et tensions qui affectent l’économie mondiale. Et, de fait, s’enchevêtrent des tensions contradictoires entre les besoins d’accroissement du rythme de croissance pour les pays émergents, le réchauffement climatique et ses conséquences désastreuses, la nécessaire réduction des déficits publics en contradiction avec les politiques monétaires accommodantes, les risques de perte de crédibilité des grandes monnaies, eu égard   au gonflement artificiel de la masse monétaire et eu égard aux risques engendrés par l’argent gratuit. L’ouvrage ouvre des pistes de  réformes  en profondeur de nos modes de vie qui devront s’accommoder de moins de consommation mais aussi de mieux consommer. En fait, très interrogatif, l’ouvrage   et c’est un de ses grands mérites, pose de vraies questions de fond ébranlant la confiance en la gouvernance mondiale. Il a, aussi, le mérite rare de faire « parler les chiffres », ce qui n’est pas étonnant pour un ancien administrateur de l’INSEE. C’est un véritable ballet dont les danseurs sont les PIB, passifs des banques, balance des paiements courants, déficits publics, taux d’investissements capacitaires…. etc.

D.MOLHO

L’internet utopique, libre, autorégulé, plus humain et plus juste que le monde que les gouvernements ont créé, que John Perry Barlow décrit dans sa fameuse « déclaration d’indépendance du cyberespace » est resté au stade de l’utopie. L’internet commercial l’a emporté et avec lui, les plateformes numériques qui ont envahi tous les secteurs d’activité.

Lors de cette déclaration, en 1996, Facebook et Google n’existaient pas, Amazon était une toute jeune start-up et Steeve Jobs dépoussiérait Apple. En deux décennies, les géants du numérique ont bouleversé l’économie mondiale, mais également les comportements des consommateurs et les démocraties.

L’auteur montre comment ces nouveaux acteurs modifient les équilibres et dynamiques de marché, facilitent la monopolisation, stérilisent l’innovation et vassalisent les entreprises européennes.

Joëlle Toledano explore les pistes permettant aux gouvernements de se donner les moyens intellectuels et politiques de réguler ces empires mais note également que nos institutions et notre droit doivent s’adapter au XXIè siècle.

Joëlle Toledano, est économiste, professeure émérite à Dauphine. Elle a été membre du collège de l’autorité de régulation des communications numériques et des postes (ARCEP) de 2005 à 2011.

Philippe ALEZARD

Banquier d’Affaires et de développement après une expérience professionnelle dans les secteurs de l’énergie et de l’agroalimentaire, l’auteur, Président-fondateur du think tank Club 2030 Afrique, fait partie des jeunes leaders africains.

Partant du cliché sur la  » pauvreté de l’Afrique aidée par le reste du monde », l’auteur oppose une autre réalité :  » l’Afrique est riche et donne de ses ressources au monde entier », il nous fait part de son engagement profond, de sa mission, pour aider à la transformation profonde du continent africain afin qu’il devienne un futur grand, comme le sont devenues l’Inde et la Chine.  

L’approche suivie par l’auteur se veut globale et sans concession sur les atouts mais aussi les difficultés, les obstacles et l’immensité de l’œuvre pour donner à l’Afrique, continent le  plus vaste de la planète aux cultures et aux couleurs différentes abritant le quart du nombre total des pays dans le monde, le rang qui lui revient et lui permettre d’être un acteur majeur du développement durable. 

Atteindre cet objectif ambitieux nécessite des prérequis :  la connaissance historique d’avant la colonisation, un modèle « africain » dans toute la chaine de l’éducation et de la transmission de valeurs, la valorisation  du travail agricole et technique pour le rendre plus attractif et l’effort sur  l’éducation et l’insertion des femmes.

L’auteur identifie les sources de progrès potentiels : les qualités créatives de la jeunesse africaine, le potentiel des richesses du sous-sol et des terres arables, le développement des applications internet qui effacent les distances, les conditions favorables à l’exploitation des sources d’énergie propre, la mutualisation des savoir-faire africains ….

Conscient des obstacles structurels et des besoins, l’auteur milite pour  une rationalisation des procédures et une professionnalisation des équipes pour favoriser les partenariats publics-privés, pour une action militante auprès de la diaspora africaine afin qu’elle s’engage financièrement  et techniquement et pour une valorisation de l’image de l’Afrique.

Pour l’auteur, l’Afrique réuni les conditions d’un décollage économique et culturel. Son analyse clinicienne est séduisante, elle doit nous interpeller et nous inviter  à accompagner cette transition pour notre propre futur.

Hubert ALCARAZ

Le capital des sociétés cotées est composé de différentes catégories d’actionnaires majoritaires et minoritaires, dont les intérêts peuvent être différents et/ou divergents de ceux des autres parties prenantes (salariés, fournisseurs, clients, administrations…). Les dirigeants de sociétés doivent en permanence arbitrer entre ces diverses attentes. Afin d’éviter les conflits, l’auteur préconise qu’ils  dressent  une cartographie des intérêts respectifs des actionnaires et des autres parties prenantes, ainsi que des risques de conflits.  Ils doivent ensuite définir et surveiller une batterie d’indicateurs leur permettant de prévenir ces conflits et de suivre leur processus de traitement. En cas d’arbitrage, ils doivent s’assurer que leurs décisions ne portent pas atteinte à l’objet social et à la charte éthique de la société, et qu’ils respectent les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) si ses actions sont détenues par des investisseurs socialement responsables. Les conflits tranchés par voie de justice constituent des échecs pour les dirigeants et les contrôleurs   de gestion de l’entreprise, car elles témoignent de l’inefficience de la prévention.

L’auteur est maître de conférences à l’Université de Saint Etienne.

JJ  PLUCHART