Club de lecture – Chroniques 2020

Chroniques 2020 du club de présélection du prix Turgot

1er janvier- 31 décembre 2020

La crise du Covid est pour l ‘auteur « une formidable occasion « de remettre à plat le système économique et monétaire et « la façon de le financer.. » s ‘appuyant sur sa riche expérience, tant du secteur privé que public , comme sur ses valeurs (fortes ) et avec un optimisme chevillé au cœur ,Bertrand Badré s ‘attache à proposer ce qui ressemble en tous points à une feuille de route pour nous convaincre de prendre la « bonne direction ». Toutefois ,il ne renie en rien ses fondamentaux : « je continue de penser que l ‘ économie de marché qui permet de confronter une offre et une demande , de répartir la richesse , d ‘allouer les ressources dans un environnement contraint reste le meilleur des systèmes . ..et, que le capitalisme qui soutient cette économie de marché notamment par l ‘accroissement de la productivité que permet l ‘investissement et l ‘ appui du capital ,reste dans son fondement un outil de progrès… »

On comprend alors que ce n ‘est en rien une révolution que propose l ‘auteur mais plutôt des propositions pour « recanaliser » le capitalisme actionnarial, pour gommer ses effets de type « néolibéral » et le mettre au service du bien commun. Il est convaincu de la capacité du capitalisme à se réinventer et à s ‘inscrire dans de nouvelle normes conduisant vers un destin « plus vert et un monde ou les inégalités reculeraient »

A rebours d ‘un certain fatalisme ambiant , Bertrand Badré nous invite à nous prendre en main avec passion et pédagogie pour faire enfin apparaitre une économie de marché « équitable et durable » .. En espérant que sa foi profonde qui se double d ‘un âme de poète, dans la filiation de Paul Eluard puisse devenir rapidement.. autoréalisatrice et que, peut-être , la terre apparaisse « … bleue comme une orange… »

Jean -louis Chambon Président du Prix Turgot

Bertand Badré ancien directeur général de la Banque MONDIALE est un économiste et haut dirigeant d ‘organisations et de groupes bancaires.IL dirige un fonds d’investissement.

C’est dans un nouveau dialogue avec Denis Lafay que Pascal Picq a choisi de passer au révélateur de la science anthropologique les enseignements qu’induit la pandémie du Covid-19, pour aujourd ‘hui et pour demain. Au fil des pages apparaissent les attributs de « l’évolution », science dont l’auteur est l’un des plus éminents experts.

Plus que jamais il apparait en effet nécessaire de s’adapter : La conscience d’une Société nécessairement « évolutionnaire » n’a jamais été aussi forte qu’à travers la perception de cette addition d’événements, sanitaires, économiques, sociaux, géopolitiques et entrepreneuriaux qui frappent la Planète avec ce virus. Chaque décision, chaque acte accompli maintenant détermine « le jeu des possibles » des générations futures. Aussi « le jour d’après » pourra être un « grand et beau jour » à condition de définir un projet reposant sur des causes ultimes ; de celles qui invitent à épargner nos désirs et nos envies immédiates pour une autre société. L ‘évolution ce n’est pas le passé, mais le succès de la descendance et des conditions de la réalisation des possibles que nous ignorons. Mais nous n’avons pas tout à inventer pour trouver cette « voie « chère à Edgard Morin…les innovations éclosent partout dans le monde… mais le plus difficile reste à concevoir : en faire une nouvelle synthèse pour l’avenir de l’Humanité

 Ainsi pourrions retrouver « les jours heureux « que promettait entre autres, le conseil national de la Résistance, car « … toute civilisation meurt de l’incapacité de repenser le support de son succès, de l’incapacité de comprendre que la destruction des environnements annonce la sienne… c’est la logique des écosystèmes..»

Prendrons-nous le risque de disparaitre ?

 Pascal Picq apporte à nouveau une forte contribution à une salutaire prise de conscience des enjeux et des défis qui sont devant nous.

 Jean- louis CHAMBON Président du Prix Turgot

Pascal PICQ paléoanthropologue est spécialiste de l ‘évolution de la lignée humaine et des grands singes. Auteur de nombreux ouvrages de référence dont chez le même auteur « une époque formidable »

Selon Voltaire, « le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin ». Selon les auteurs, la valeur du travail est un concept fondamental de la société contemporaine, mais elle ne repose plus que sur le temps et donc, sur l’argent.  Pour la plupart des acteurs sociaux, le travail n’est plus un instrument d’épanouissement ou un vecteur de libération. Il est en crise en raison de la montée du chômage et du sous-emploi, de la gestion optimisée du temps de travail… Le système néocapitalisme transforme le travailleur en objet divisé, quantifié, normé et rationalisé. Le travail n’est plus porteur de sens. Il était méprisé chez les Grecs, puis considéré comme une pénitence au Moyen Âge. Il devient un objet de réflexion au siècle des lumières, puis une notion politique au XIXe  siècle avec les pères fondateurs du capitalisme et du marxisme. Aujourd’hui, la valeur travail a été vidée de sa substance originelle, car la production matérielle n’est plus l’étalon permettant d’évaluer une tâche et lui attribuer une valeur. Les principes économiques actuels semblent donc avoir atteint leurs limites. Les philosophes en déduisent que  doit être révisé le paradigme d’Adam Smith selon lequel « c’est en poursuivant leur intérêt personnel que les individus œuvrent pour le bien commun ». L’organisation basée sur l’efficacité, la productivité et le rendement, doit laisser place à un monde du travail  plus éthique, plus solidaire et plus écologique. Les auteurs prônent une certaine décroissance économique, l’auto-limitation de la consommation et la relocalisation de la production.

JJ  PLUCHART

Pour l’auteur, l’austérité salariale a façonné, depuis quarante ans, l’économie des pays de l’OCDE et changé la vie politique de ces pays. De 1990 à 2019, le salaire réel a progressé de 23% tandis que la productivité per capita progressait dans le même temps de 49%, à l’exception notable de la France et de l’Italie qui n’ont pas connu cette déformation du partage des revenus.Le corollaire de cette situation de bas salaire est la faiblesse de l’inflation qui induit et maintient les taux très bas, qui eux-mêmes vont permettre des politiques budgétaires expansionnistes, qui vont permettre des effets redistributifs complexes.

En cette période de gronde sociale, Patrick Artus explore les conséquences de cette « japonisation » de l’économie, les possibilités de sortie de cette austérité salariale, mais également les risques que ferait peser le retour d’une inflation salariale, sur les dettes abyssales constituées depuis des années par tous les états.

Patrick Artus est professeur associé à l’école d’économie de Paris et chef économiste de Natixis.

Philippe ALEZARD

La REF poursuit son tour d’horizon extra-européen qui, dans ses précédentes revues a traité de la Chine, de la finance américaine puis de l’ Inde, du continent Africain et enfin, de l’Amérique latine . Ainsi, dans cette nouvelle parution, une trentaine de co-auteurs dont Olivier Pastré, apportent une contribution très complète et complémentaire à cette réflexion sur les systèmes financiers des pays méditerranéens. Cet espace géographique regroupant plus de 300 millions d’habitants s’étend du Bosphore jusqu’au détroit de Gilbraltar, la Turquie, le levant et l’ Afrique du Nord., avec quelques «  infidélités à ce périmètre » complété par un éclairage historique portant sur la Renaissance des villes italiennes, Florence, Gênes, et Venise et de la méditerranée , berceau de l’ esprit capitaliste notamment financier.

On peut penser en effet que « la finance internationale européenne trouve une part de ses

origines  dans les activités exercées pour le compte des Etats Pontificaux ». De même, qu’il est clair que si la finance islamique qui disposait de potentialités fortes dans ce monde à forte

imprégnation  islamique, ne s’est pas imposée , c’est «qu’ elle n’a pas su ou voulu trop dépasser les limites que la religion lui imposait ». Au fil des pages apparait un espace économique et financier hétérogène dans lequel s’exprime à la fois l’importance et les limites du financement bancaire , avec une absolue nécessité de développer d’autres modes de financement ,avec , en conséquence de nécessaires transformations. Devant cette hétérogénéité  et le rôle central des systèmes bancaires dans le financement de l’économie (avec un taux d’ inclusion bancaire parmi les plus faible du monde) , en conséquence dans de nombreux pays les autorités locales , avec le support de la communauté internationale, et « les forces du marché » se rejoignent pour mettre en place un système financier plus diversifié susceptible de permettre le développement d’une croissance économique plus inclusive. Ainsi est démontrer que la finance méditerranéenne, en dépit de son hétérogénéité, reste bien une réalité, mais qu’elle doit pour s’affirmer, promouvoir une complémentarité démographique et technologique entre le Sud et le Nord et se consacrer plus aux PME-et aux TPE par trop oubliées.

 

Jean Louis CHAMBON

L’auteure rappelle certains fondamentaux oubliés dans le débat public. « Les terres cultivées n’occupent que 12 % des terres émergées libres de glaces et seulement 2 % de ces terres sont cultivées intensivement ». Pour produire les 3,5 milliards de tonnes de céréales nécessaires aux 10 milliards d’humains des années 2050, « il faudra augmenter la productivité de 14 % par décennie ».  La faim n’a pas disparu : « Près d’un milliard de personnes en souffrent toujours dans le monde. Et en France, 9 millions de pauvres n’ont pas les moyens de faire trois repas corrects par jour»… L’auteure dénonce ceux qui stigmatisent l’agriculture française –  la « plus performante du monde » – pour promouvoir une filière bio coûteuse en aides publiques, exigeante en main-d’œuvre introuvable et « produisant des denrées qui n’ont pas encore démontré qu’ils sont meilleurs pour la santé »… Elle soutient que le bio a sa place dans les campagnes, mais seulement pour valoriser de petites surfaces.  Elle pose des questions dérangeantes : pourquoi opposer les modèles ? Quels sont les limites des circuits courts ? Quels sont les avantages alimentaires du bio ? Comment prévenir le retour de contaminations ou de pénuries ? Comment mieux protéger les sols, la biodiversité, l’eau ? Dénonçant l’agribashing, elle plaide pour une agriculture diverse, responsable et surtout, productive.

 

Sylvie Brunel est géographe après avoir milité dans l’ONG Action contre la faim. 

JJ  PLUCHART

Les 22 lauréats du Prix du meilleur jeune économiste livrent dans cet ouvrage leur perception, leur compréhension, leurs analyses et leurs propositions de ce que pourrait être ou devrait être l’avenir du monde. Tous sont des chercheurs « à la pointe » dans leurs domaines et certains d’entre eux ont été des figures de proue dans les évolutions récentes de la science économique. Par ailleurs, tous s’intéressent de près à la chose publique et contribuent activement aux débats de politique économique.

Ils abordent les sujets qui devront être traités après la crise de la COVID : réexaminer les réseaux de relation interfirmes afin de comprendre les effets probables d’une diversification des chaines de production, approfondir le rôle structurant des oligopoles mondiaux ; s’intéresser aux rapports entre l’accélération des progrès technologiques dans l’après-crise et la dynamique induite sur le prix du travail et aux nouvelles inégalités que cela peut induire, réévaluer l’impact du risque des évènements extrêmes sur les politiques de long terme ; intégrer l’importance de l’acceptabilité politique des réformes de vaste ampleur imposées par les défis environnementaux et climatiques sans oublier d’autres tendances lourdes telles que les bouleversements que vont apporter les bouleversements que vont apporter la révolution numérique, l’extension du travail à distance, la diffusion du génie génétique et de l’intelligence  artificielle dans les processus d’innovation et les stratégies organisationnelles des entreprises.

Ces chapitres proviennent d’entretiens avec les auteurs, écrits ensuite par une journaliste du monde ce qui contribue à la lisibilité de l’ouvrage.

Par nature tous les auteurs sont jeunes et ils n’hésitent pas à remettre en cause les méthodologies, les hypothèses et les résultats produits par leurs ainés. Ils  expliquent les idées qui ont été fausses ou qui le sont devenues.

Alors que presque tous  sont des mathématiciens chevronnés et que les données disponibles n’ont jamais été aussi nombreuses, ils convergent tous vers l’idée que la science économique doit reprendre conscience qu’elle appartient aux domaines des sciences humaines avec lesquelles elles doivent interagir. 

Les chapitres sont courts, denses et disjoints. La lecture n’en est que plus aisée.

Dominique CHESNEAU

Le juste prix est une des questions les plus débattues dans l’histoire des idées économiques. Les auteurs retracent l’évolution de ce concept depuis Aristote jusqu’à l’école de Chicago, en passant par le droit romain, les scholastiques, les caméralistes allemands, les physiocrates et l’école autrichienne. En fonction des courants de pensée, le juste prix est un « bon prix » issu d’un rapport de force négocié, un « prix légal » fixé par un processus institutionnel, un « prix concurrentiel » fixé par la main invisible du marché,  un « prix équitable » assurant une juste rémunération du travail, un « prix naturel » reflétant la vraie valeur d’un bien, « un prix raisonnable » contribuant au bien commun, en assurant la prospérité économique et la paix sociale, un « pricing» calculé par un logiciel de place de marché … Le juste prix doit il être fixé dans le cadre d’une économie libre et ouverte, exempte de fraude et de situation de monopole, et/ou doit il être fixé par une autorité légitime soucieuse du bien commun ? Comme l’expression l’indique, la conception du juste prix fait appel à l’économie de marché et à la théorie de la justice. Les auteurs en déduisent que le mécanisme des prix est un des fondements du droit naturel.

Les sept auteurs du livre sont chercheurs au CNRS.

J-J.  PLUCHART

Qu‘est  ce que la monnaie ?     un bien  réel ou un moyen de paiement ?  , une  réalité en soi, ou le symbole d’une  transaction ?  Mais si la monnaie n’est fondamentalement  qu’une  reconnaissance de  dettes , la question est de  savoir qui doit quoi et  à qui.. »

 C’est par ces questions  aussi fondamentales que la philosophie qu’ il professe que l’auteur ouvre  sa réflexion qui a toute l’apparence d’une  aimable provocation.. Mais ,il n’en est rien  car , s’il  s’abstient d’entrer dans le « débat  sans  fin » qui  oppose les partisans et les  adversaires du système monétaire et financier existant ,  s’il évacue les considérations  trop  techniques, s’ il préfère s’interroger sur la  réalité à laquelle  correspond  cette « monnaie » et à quoi elle est employée plutôt que de savoir comment en  détail elle est émise,  il n’hésite pas pour autant à examiner les fondamentaux  de l’ orthodoxie monétaire :    Qui a raison ? entre Marx pour qui « ..la capacité de l’ argent à faire  fructifier sa propre valeur..est la mystification capitaliste dans sa forme la plus brutale  .. » ou jonh Maynard Keynes qui ne  croit plus à la neutralité de la monnaie et lui reconnait un rôle  central  ou  jean baptiste  SAY  qui  considère qu’elle  doit  rester dans son  rôle d instrument ( la voiture) d’échange , ou  bien enfin,  ceux qui à l’ image  du professeur Aglietta considèrent que « ..la monnaie ne fait qu’exprimer l’ interdépendance  économique et sociale via l’Etat…

 Ces considérations métaphysiques prennent toutes leurs  valeurs au moment ou les Banques centrales  déversent comme jamais  sur l’‘économie « réelle »  des montants de « monnaie » inimaginables, ou les Etats  poussent leur endettement à  des niveaux  hier  totalement proscrits que  les économistes  majoritairement considèrent comme nécessaire .

 Cette idée qui monte  selon laquelle il est possible de  créer ex nihilo  de la monnaie pour voler au secours des Etats « non frugaux », que  demain il sera tout à  fait  possible d’effacer par un simple jeu d écriture  nos  dettes  ,  sans  qu’ aucun  épargnant , ni contribuable n’ ait à en  souffrir, a de quoi  faire  frémir , même les  esprits les plus ouverts ..

 Avec cette question lancinante :  quid de la confiance  demain dans la monnaie, base fondamentale de la  théorie de l’échange ?..  si ,par malheur ,l’opinion  se mettait à douter brutalement de  sa  valeur ,  quel en serait le prix  à payer ?  Alors sans doute  reviendrait comme un boomerang  ,les  questions  qui  fâchent  : Que  dois-je ?  moi qui a  vécu collectivement au  dessus  de mes moyens  ,en consommant plus  que ce que  j’ai su créer en  valeur  , grâce à mon su-r endettement  partagé, que dois-je  à la génération qui me précède ?  que dois-je aux  générations  futures ?  aux puissants ? à la planète ?.

Une brillante introspection qui ne peut laisser aucun lecteur totalement indemne .un regard particulièrement précieux  sur un sujet dont on parlera (hélas) sans doute de plus en plus ..

Paul Clavier-professeur de philosophie à l’université de Lorraine  auteur de nombreux travaux.

Jean louis CHAMBON    

La nouvelle politique de la concurrence exercée par la Commission européenne suscite de plus en plus de controverses, comme en attestent les réactions récentes face au refus de la fusion entre les groupes Siemens et Alstom. Ces débats revêtent d’autant plus d’importance qu’ils conditionnent la politique industrielle du Vieux continent, face à celles de la Chine et des Etats Unis. C’est pourquoi s’impose la lecture du dernier livre d’Emmanuel Combe, vice-président de l’Autorité française de la Concurrence. L’auteur présente un grand nombre de cas d’ententes entre entreprises (dans les commodités chimiques, les produits d’hygiène, les messageries, les agences de mannequins, la distribution de médicaments vétérinaires, le transport routier, la distribution en gros de produits pour la boulangerie…), d’abus de position dominante (Subutex, revêtements de toiture en zinc…), de contrôle des concentrations (Casino/Monoprix, FNAC/Darty…), de respect d’engagements (maintenance des équipements de distribution électrique, travail temporaire…)…

Ardant défenseur et meilleur spécialiste des règles de la concurrence, E. Combe livre notamment sa réflexion sur la régulation des pratiques et sur les positions dominantes des GAFA. Avec un grand didactisme, il présente les théories économiques,  les textes juridiques et les principaux cas de jurisprudence qui encadrent les comportements des entreprises sur les marchés.

Emmanuel Combe (ENS Lyon, docteur en économie, agrégé de droit et d’économie) est Vice-président de l’Autorité française de la Concurrence.

JJ  PLUCHART

Après avoir été accepté, à contre cœur, comme le «  pire des modèles à l’exception de tous les autres »  pendant les années  fastes et glorieuses  ,le libéralisme est à nouveau  assailli de toutes parts: « ..le Communisme est mort mais pas la pensée Marxiste.. » , les illibéraux prospèrent ,les insoumis agitent  la « nouvelle pensée économique »  ,  tandis que Keynes retrouve avec la crise pandémique de nombreux adeptes , dénonçant le concept d’un marché autorégulateur et appelant de leurs vœux une intervention majeure et pérenne de l’Etat salvateur.

Enfin les théoriciens de l’écologie « pour qui le  capitalisme est à l’ origine de tous les maux de la planète  ont  trouvé un prompt renfort dans les thèses  de  ceux qui considèrent que le libéralisme a  pousser à brader aux  « ..pays émergents l’essentiel de nos  activités stratégiques et sanitaires.. »  Bref,   «  le mondialisme heureux » parait avoir vécu .   

Aussi  dans  ce  contexte, cette nouvelle parution de jean pierre ESTIVAL, politologue ,économiste, et auteur de  talent , arrive à point nommé  pour ouvrir la  réflexion sur la nécessité pour le libéralisme de se redéfinir,  à défaut de se réinventer ,et de s’ouvrir plus complètement aux besoins sociétaux  du «  nouveau monde » .Pour l’auteur ,  c’est « l’entreprise » qui doit  devenir le moteur de  cette évolution par le passage  d’ un  « ..capitalisme  d’actionnaires »  à un » capitalisme de  stakeholders » , c’est à dire d’un meilleur partage des responsabilités entre  l’ensemble des acteurs  économiques , autrement dit  des parties prenantes .Ainsi propose t-il ,à travers une argumentation particulièrement documentée passant en  revue les principales théories libérales et les critiques qui les  accompagnent ,les pistes pour un libéralisme économique plus inclusif,  pour la nécessaire reconquête des souverainetés nationales ainsi que celles qu touchent à l’évolution du commerce international.Au fil des pages , on mesure l’immense  défi que représente cette indispensable ( ?) révolution idéologique : comme le pensait l’économiste Tyler Cowen : «il faut démontrer sans cesse et toujours qu’un monde plus libre est un monde meilleur pour le plus  grand nombre .. »

Les remises en cause   engendrées par la crise pandémique sont sans doute de nature à permettre  d’avancer radicalement dans ce sens   , peut être  sur les pas des pratiques du modèle Singapourien : « la démocratie à la base, l’expérience au milieu et la méritocratie au sommet».

Quelques leçons liées au coronavirus et  une esquisse du monde d’après , précieuses tant pour la  réflexion  que pour la pédagogie économique et  accessible à tout public.

Jean pierre Estival, politologue,  Docteur d’Etat en sciences  économiques , auteur primé par la 32é  édition  du Prix Turgot est enseignant et  expert sur les  sujets  des  ex PECO  et le  moyen Orient   

    Jean louis CHAMBON

Selon les auteurs, le  temps est ignoré des économistes, ou plutôt, dans la théorie néo-libérale, ses échelles sont indifférenciées entre les entrepreneurs, qui « créent » le futur, les investisseurs, qui le « planifient », et les régulateurs, qui en « encadrent » le cours. Les auteurs préconisent de modéliser les multiples temporalités des acteurs sociaux, et d’en saisir les potentialités et les contraintes. Ils revisitent les grandes problématiques actuellement débattues dans les milieux politiques et économiques : la régulation des différents marchés (industriel, financier, du travail…), les horizons des dettes publiques, les durées des responsabilités…  Cette incapacité des économistes libéraux et keynésiens à maîtriser les temporalités, est longuement dénoncée par les auteurs, qui y trouvent l’origine de l’instabilité croissante des économies et de la société. Ils s’opposent au modèle walrasien de l’équilibre général  comme à celui de l’Etat providence. Afin de limiter l’instabilité et l’incertitude, ils proposent que les  horloges respectives des entrepreneurs, des investisseurs et des pouvoirs publics, soient conjointement maîtrisées .

Jean-Luc Gaffard est professeur émérite à l’université Côte d’Azur, chercheur à l’OFCE-Sciences Po et à Skema Business School.  Francesco Saraceno est chercheur à l’OFCE. Mario Amendola est professeur à luniversité Sapienza.

JJ  PLUCHART

L’urgence climatique se heurte à un problème fondamental de financement, tant les montants mis en eu pour y faire face sont colossaux. Les auteurs reviennent de façon très pédagogique sur des points majeurs nécessaires à une meilleure compréhension des enjeux et des contraintes :

  1. Les fondements de la monnaie et les mécanismes de la création monétaire.
  2. Les controverses et polémiques autour de la gestion, par les banques centrales, de la politique monétaire, de l’indépendance de celles-ci, de l’efficacité des nombreux et massifs assouplissements monétaires auxquels nous assistons depuis 2009.
  3. Le cadre juridique des traités européens avec ses possibilités et limites.

Réorienter et libérer l’action des banques publiques d’investissement, promouvoir une création monétaire ciblée, européenne ou même harmonisée au niveau mondial par le biais de l’ONU, adapter le cadre juridique des traités et le fonctionnement des banques centrales sont les axes de réflexions à court et moyen termes qui sont formulés dans le seconde partie de cet ouvrage.

 

Alain Grandjean, membre du haut conseil pour le climat est président de la fondation Nicolas Hulot

Nicolas Dufrene, Spécialiste de politique monétaire, est haut fonctionnaire et directeur de l’Institut Rousseau

PHILIPPE ALEZARD

Pour Jean- Luc  Greau , auteur reconnu  et engagé , grand observateur du  capitalisme  et de  ses dérives réelles ou supposées, savoir si l’expérience néolibérale que nous connaissons depuis quarante ans, est positive ou non,  reste un  faux débat, celui d’un prétendu retour aux sources  du  capitalisme.    D’un coté , les idéologues néolibéraux ne se cantonnent pas  seulement à prôner les avantages du libre –échange , mais le présente comme le moyen décisif de surmonter les nationalismes, «.au nom d’une coopération volontaire des peuples, alors même  qu’ils nous ont été imposés par le  gant de  fer des  grands  agents financiers et  que les juges peuvent démanteler pierre à pierre les Etats »    et que, de l’autre, l’expérience soviétique s’ est appuyée sur une  représentation du monde en noir ou blanc pour disqualifier ses critiques « incriminer la propriété et le marché et placer le  travail humain sous le gant de fer du Parti et démanteler les institutions  de la démocratie  bourgeoise» .

Le Néolibéralisme n’a donc pas inventé cet esprit manipulatoire qui fait florès  dans  chaque régime et chaque époque des civilisations.  Mais son « secret »  semble donc  tenir  sur « une  double main mise  des financiers et des juges , sur les Entreprises et les  Etats, dont les pouvoirs économique, financier et législatif ont  été  réduits à leur portion congrue » Mondialisation et financiarisation allant  ainsi de pair pour la meilleure création de valeur de l’actionnaire. Pour l’auteur, le système financier nouveau qui en  résulte porte en lui les  germes d’une révolution bancaire entraînant la déresponsabilisation des  banques commerciales et une  forme de privatisation des banques centrales . Dans ce nouvel et  brillant essai, l’auteur plaide pour mettre fin à  cet engrenage et propose  des pistes originales pour y parvenir, car «la morale chasse le politique et ouvre des  espaces de domination pour les bureaucrates. ». 

                                 JL  CHAMBON 

L’auteur s’interroge sur les risques de « tiers-mondialisation » de l’Europe. Il retrace l’histoire (depuis 1793 !) des forces et des faiblesses respectives des Etats Unis, de la Russie, de la Chine et de l’Union européenne. Il constate qu’en deux siècles, la hiérarchie des puissances s’est inversée. Il déplore le déclin inexorable du vieux continent, marqué par quatre guerres et de profonds désaccords entre certaines nations. Il observe que la puissance stratégique d’un Etat-nation est désormais fondée sur sa capacité d’innovation technologique. Il compare les avantages et les inconvénients respectifs des alliances de l’Europe avec la Chine, la Russie et les Etats Unis. Il conclut que si les prochaines élections portent à la présidence des Etats Unis un leader respectueux des institutions et des conventions internationales, ces derniers constitueraient le partenaire le plus naturel de l’Union européenne. L’essai de F.Hesbourg délivre une savante leçon de diplomatie internationale, mais laisse entrevoir de sombres perspectives européennes.

F.Hesbourg est conseiller spécial à la fondation pour la recherche stratégique.            

J-J . PLUCHART


Comment la France et l’Europe menacées par le déclin démographique et économique peuvent-elles se défendre face à ses nouveaux prédateurs. C’est la question à laquelle l’auteur répond de main de maitre :

Chine : En 1973 , « la Chine a touché le fond »,la bande des quatre sous la houlette de Mao Zedong est au pouvoir,  la domination ne sera pas territoriale mais passera par d’autres voies .le statut de prédateur ne se confond pas avec celui d’ennemi . s’ajoute à ces éléments une soif de revanche contre l’occident . La nouveauté pour notre génération c’est que cette restauration est mise en œuvre à l’échelle du monde. Un exemple pour illustrer cette problématique. Lorsque Notre Dame de Paris brule le 15 avril 2019 une vague d’empathie déferle sur Weibo ( le twitter chinois).des dizaines de millions de chinois connaissent la cathédrale. Le parti communiste chinois bâtit le récit en trois mouvements 1-c’est une catastrophe pour l’humanité, y compris pour la chine, 2,donc la chine a le droit d’exiger que les responsables ( français) soient punis.3- les manquements français rappellent le temps ou le vieux palais d’été a été brulé par les troupes britanniques et françaises pendant la seconde guerre de l’opium.

Il ne faut pas sous-estimer l’instinct de survie des responsables communistes chinois et de leur appareil. Si tout cela peut et doit inquiéter, le prédateur montrera-t-il les crocs ? ou se contentera-t-il d’opérer en second rideau derrière le russe et/ou l’américain ?

La patience stratégique de la Chine arrive à son terme .l’approche chinoise envers l’Europe peut se résumer en cinq mots : profiter, influencer, détacher , intégrer et intervenir.

Etats Unis : En traitant le devenir de la puissance américaine, deux précautions doivent être prises :son éventuel déclin, celui-ci est aussi vieux que l’union américaine elle-même. D’autre part la politique de sécurité et de défense n’est pas le pur produit de l’avènement de Trump.la force de leurs armes reste incomparable, le levier des alliances est un multiplicateur de forces. La créativité économique et la capacité d’innovation technologique sont des atouts qui demeurent d’actualité, la cyber puissance ainsi que la suprématie financière sont des atouts que les Etats-Unis sont seuls à détenir. Le délitement des alliances est de tous les défis celui qui a les conséquences les plus lourdes pour le monde. Le consensus sur la chine qui émerge à Washington n’est pas une politique propre à Trump. Leur autosuffisance énergétique a changé leur vision stratégique vis-à-vis du moyen orient.

Russie : le PIB de la Russie est équivalent à celui de l’Espagne et leurs dépenses militaires sont inférieures de moitié à celle de l’ex URSS. Les points forts économiques sont les matières premières et énergétiques, l’aérospatial. La surprise pourrait venir de l’agriculture : elle produit deux fois plus de blé que la France. La Russie moderne n’offre aucun modèle économique et social qui puisse attirer qui que ce soit. Elle n’a pas d’alternative au système libéral occidental ou au modèle de développement autoritaire chinois. Trump et poutine veulent la désagrégation de l’union européenne en matière économique et politique.

et nous l’Europe: au fil des décennies le nombre des états membres est passé de 6 à 27 .la petite maison européenne des débuts est devenue un continent. Elle se retrouve placée en situation d’urgence par rapport à la menace terroriste et au défi migratoire alors même qu’il faut songer à la montée des prédateurs. Ce n’est pas la première fois que l’Europe doit gérer des menaces plurielles et mouvantes. Reste à savoir si l’Europe contemporaine dispose de la capacite de mobilisation nécessaire pour y faire face. Pour la première fois la chine a choisi de menacer l’Europe dans son ensemble sur un sujet d’importance stratégique , en l’occurrence la 5G : sois-vous allez avec Huawei soit vous serez punis. Si nous cédons, il faut craindre que l’histoire ne repasse pas de sitôt les plats.

Michel GABET

L’Institut Louis Bachelier publie en juin 2020 un livre blanc intitulé « Blockchains & développement durable » (130 pages), qui mérite une attention particulière parmi les nombreux ouvrages et articles consacrés à la blockchain. Le livre blanc présente 200 cas d’usage illustrant les diverses applications de blockchains qui contribuent à la réalisation des 17 Objectifs de Développement Durable (ODD) fixés en 2015 dans le cadre de « l’agenda 2030 », par 193 membres de l’ONU. Les ODD visent 169 cibles et font l’objet de 232 indicateurs-clé qui contribuent à la régulation des politiques publiques et des stratégies des grandes entreprises.

Les auteurs du livre blanc s’efforcent de répondre à la question : comment les blockchains peuvent-elles contribuer à accélérer la réalisation des ODD ? Ils visent à montrer comment les 3 générations de blockchains se sont adaptées aux différentes chaînes de création de valeur des principales filières d’activité (commerce, agriculture, énergie, industrie, immobilier, finance). Ils expliquent par quelle ingénierie conjuguant la Business Intelligence (BI), l’Intelligence Artificielle (IA), le big data et l’Internet des Objets (IoT), les blockchains s’imposent de plus en plus comme le « socle de la confiance collective » nécessaire aux progrès social, sociétal et environnemental. Elles s’affirment comme une « nouvelle technologie de consensus » instaurant la confiance entre les parties prenantes d’une même transaction. L’usage de blockchains devrait ainsi rendre  transparentes  des chaînes de valeur de plus en plus complexes  qui encadrent les interactions entre des acteurs de plus en plus nombreux.

Le livre blanc rappelle les fondements techniques des blockchains, fondées sur les mêmes principes: « une base de données distribuée, un réseau pair-à-pair, un mécanisme de consensus ».  La 1ere génération porte sur le bitcoin, conçu en 2008 par Satochi  Nakamoto, qui repose sur un « minage » par une « preuve de travail »  et une cryptographie de bloc de  données. Avec l’invention du bitcoin, pour la première fois depuis le début de l’informatique, la propriété d’un bien numérique peut être transférée sans être dupliquée  ni passer par un registre centralisé.  La 2e génération est celle de  l’etherum mis au point en 2015 par Vitalik Buterin. Elle permet de créer des contrats autonomes (smart contracts) favorisant la vérification, la transmission et l’application d’accords complexes, consultables en ligne et opposables aux tiers. La 2e génération de blockchain émet des jetons (token) par un processus de cryptographie et de valorisation permettant de rendre liquides presque tous les types d’actifs (devises, crédits carbone, titres de propriété, contrats…).  La 3e génération (dite de l’IOTA) porte depuis 2015 sur des crypto-devises régies par des protocoles open source permettant de monétiser des données issues notamment de l’IoT (smartphones), de la tag RFID[1], des capteurs et des actionneurs. Son fonctionnement est différent des précédentes générations de blockchains puisqu’il est fondé sur une technologie utilisant le concept de graphe dirigé acyclique (DAG), dont l’infrastructure décentralisée s’appelle le Tangle (entrelacs/enchevêtrement). Alors que les transactions en bitcoins  sont regroupées en blocs et validées par des mineurs, les transactions en IOTA sont à la fois indépendantes et reliés entres elles à travers un réseau « entrelacé ».

Les projets étudiés dans le livre blanc ont été classés en neuf domaines  répondant aux ODD : 1. L’identité numérique ; 2. La circulation monétaire ; 3. La sécurisation du foncier; 4. L’agriculture durable ; 5. L’accès à la santé ; 6. Les énergies renouvelables ; 7. La consommation responsable ; 8. La traçabilité des matières premières ; 9. Le fonctionnement des administrations publiques.

Le livre blanc recense notamment les projets portant sur « l’identité numérique souveraine » (self-sovereign identity), qui vise à sécuriser les transferts de données personnelles. Il expose les recherches développées par l’alliance entre Accenture, Microsoft Mercy Corp et Hyperledger. Il présente les systèmes IRespond, et X-Road, puis recense les applications permettant de prouver une identité, d’authentifier des titres de propriété foncière (projets Bitfury, Ubitquity, Bitlend)  et d’organiser un vote (Agora).

Les propriétés des blockchains – en particulier la traçabilité, la transparence et l’enregistrement inviolable des données sur un registre –  permettent la mise en place du reporting et le suivi des actions dans le cadre de l’Accord de Paris. Plus d’un millier d’initiatives ont été lancées à l’échelle mondiale afin de gérer les droits d’émission de gaz à effet de serre. Le projet lancé par IBM et l’Iridium Lab Ltd vise à « jetonner » les  crédits bas carbone. La coalition « « climate chain » créée à Paris en 2017 regroupe 170 membres et s’est fixée pour objectif l’avancement des Distribute Ledger Technologies (DLT) en faveur des solutions accompagnant le changement climatique. D’autres applications devraient contribuer à financer  les  projets bas carbone par des Initial Coin Offerings (ICO). Les blockchains pourraient également favoriser le traçage de « l’électricité verte » (issue de la biomasse,  du solaire et de l’éolien), grâce aux applications de Lition et d’Engie. Elles pourraient aussi organiser « l’autoconsommation collective locale » de l’électricité par des « réseaux microgrids » (projets Brooklyn Microgrid, jetons Solar Coin, Lyon Confluence, Sunchain). Ces projets visent la certification « CDM Gold Standard ».

Le commerce responsable implique une traçabilité des produits et des modes de production,  ainsi que le raccourcissement des chaînes logistiques. Leur développement donne actuellement lieu à de multiples projets dans les secteurs des matières premières et de l’agriculture (Better Cobalt, Everledger, Agunity, AgriLedger, AltFinlab, Bext360).

Afin de rendre « l’argent programmable », plusieurs projets visent à mieux contrôler les transferts de fonds (Stellar, Suremit, TEMPO), les investissements à impact social (TREE Token, Sun Exchange), les « monnaies complémentaires », qui flèchent les achats des consommateurs (Impak Finance, Grassroot cooperative, Bancor, Atomic swap), l’inclusion financière des personnes non bancarisées (Humaniq, Arcadia Blockchain Technologies), la collecte philanthropique (AIDChain, Helperbit) et le traçage des collectes alimentaires.

Les auteurs du livre blanc s’interrogent également sur la mesure des impacts des investissements basés sur la « tokenisation » et sur la traçabilité des engagements sociétaux des entreprises pris en faveur de la responsabilité sociale et environnementale. Les blockchains deviennent ainsi des « briques de confiance » dans le financement participatif de projets énergétiques innovants par des plates-formes de crowdfunding ou de crowdlending, comme Enerfip, Lendosphère ou Lumo.

Les auteurs   s’efforcent également de montrer l’intérêt de la blockchain dans l’intégration des ODD dès la conception du produit ou du service (Développement durable by design) et dans la construction du business model de l’entreprise (conformément au modèle de Venkatramen)..

Les auteurs s’appuient sur une abondante documentation universitaire et professionnelle. Ils analysent de nombreuses micro-expériences et posent les principales questions soulevées par l’apport des blockchains à la responsabilisation sociale et environnementale des entreprises. Ils sont enseignants-chercheurs (J-A-F. Schlumberger et P. Geoffin) et consultants (S. Voison et P. Campsavoir).

J-J. PLUCHART

[1] la RFID désigne une méthode d’identification de données à distance incorporés, sous la forme de tag, dans des objets ou des produits.

Le dernier essai de BHL est un plaidoyer philosophique en faveur de la responsabilité et de la liberté. Il dénonce le « grand enfermement » de la population mondiale au nom du « risque zéro ». Il invoque les philosophes comme Platon, Nietzsche et son maître Canguilhem, afin de s’insurger contre la « mise en servitude » des peuples au nom d’un nouveau « catéchisme virologique ».  Il cite volontiers Michel Foucault, dénonciateur des nouvelles formes de panoptisme et observateur de la « naissance de la clinique », à l’occasion des épidémies de peste.  Il dénonce la « sidération » des intellectuels » qui ont « fait parler le virus » en le qualifiant de « grand soir » sanitaire, de « crise finale », de « fin de l’histoire »…  Il critique les « rentrez chez vous » et les « va-t-en guerre » des gouvernements et les « matraquages de masques et de gants » des médias. Il constate que la « litanie quotidienne des morts, entubés et hospitalisés » a permis le retour des « hygiénistes et des collapsologues ».   Il n’épargne pas les médias qui s’extasient sur notre capacité à rendre sa place à la nature, à faire entrer l’air de la campagne à Paris, à renoncer au capitalisme international…

Il constate que les Etats-providence sont devenus des « Etats de surveillance ». Il rappelle que la pandémie a été l’occasion pour les leaders populistes de réactiver les nationalismes et pour les extrémistes de poursuivre leurs actions destructrices. Loin de constituer une forme de catharsis, la crise a contribué à réanimer les « vieilles lunes » souverainistes et socialistes.

Bernard-Henri Levy est philosophe, essayiste et auteur à succès.                                              

JJ  PLUCHART

Complexité, instabilité, prélèvements records : telles sont les caractéristiques du Système fiscal français qui épuisent les contribuables sur lesquels se concentrent  « son incidence »  c’est à dire le poids de l’impôt…  C’est ce grand désordre que ce duo éminent d’auteurs , économistes et experts de la finance, analysent, en  dressant un panorama sans  concessions , mais aussi en proposant  des éléments de réponse à apporter  à cet « handicap» majeur national pour notre compétitivité. L’opinion publique attend- elle trop de l’impôt ?  Le gaspillage des deniers publics qui en ressort, ne tient-il pas à ce que les gouvernements se trompent  régulièrement de cibles en se méprenant sur la réaction finale des contribuables ? la politique fiscale doit certes rester au service de la justice  sociale , mais la meilleure approche consiste–t-elle à développer cette hystérisation sur les « riches » , les actionnaires et les dividendes ? … es auteurs proposent d’ ordonner en priorité la fiscalité selon une logique économique afin de bien mesurer le partage entre les  catégories sociales et de  ainsi l’ efficacité des politiques fiscale S’appuyant sur de nombreux exemples et une large documentation , l’ouvrage permet de comprendre comment nous en sommes arriver là et quels peuvent être les principes d’un « bon impôt »  que le philosophe John Rawls, avait déjà envisagé : s’ attaquer d abord à la pauvreté en ménageant au mieux liberté et égalité.                                                                                                                               Cette remarquable parution s’affirme comme un « appel à la  reforme et à un combat contre la doxa du « tout Etat » et  du « tout impôt » , en permettant de  briser quelques tabous……                       

Vivien Levy-Garboua, ex Banquier, auteur lauréat du Prix Turgot, professeur à Sciences po et Gérard Maarek est l’ancien Secrétaire général de l’Insee.

Jean louis CHAMBON

Le livre démontre la pertinence du pragmatisme pour l’étude des organisations et de leur management, à l’ère de l’intelligence artificielle et du big data. La pensée sur les organisations, de nature académique ou managériale, se partage en deux courants. D’une part, la vision dominante, qui relève du rationalisme cognitiviste, conçoit l’organisation comme une structure logique de traitement de l’information et de la décision, fondée sur des représentations rationnelles de l’action collective. D’autre part, de nouveaux courants de recherche montrent, depuis les années 1990, que cette approche rationaliste sous-estime la nature complexe, mouvante et incertaine des phénomènes organisationnels. Les approches pragmatiques de ces phénomènes   reposent sur une critique radicale des dualismes qui détournent les recherches sur l’organisation : pensée / action, représentation / réalité, conception / utilisation, décision / exécution, valeur / fait, fins / moyens etc… Le pragmatisme souligne l’importance de l’expérience vivante et propose une vision processuelle et relationnelle de l’organisation, vue comme « processus organisant » ou « organizing », à la fois  incertain et en mouvement, afin d’établir une compréhension collective et opérationnelle des situations  rencontrées. Le livre présente les principaux concepts « pragmatistes » (médiation sémiotique, habitude, enquête, transaction, abduction, valuation) et les illustre à travers des exemples concrets inspirés de l’expérience managériale de l’auteur.

L’auteur (X-Mines) est professeur émérite à l’ESSEC.

JJ  PLUCHART

La lecture du dernier livre de J.Mokyr est recommandée en ces temps de crise. Il s’interroge sur les origines de la culture de croissance qui anime la société occidentale et sur les entrepreneurs de croissance qui ont marqué son histoire. Il relativise  l’importance  des facteurs traditionnellement invoqués – le charbon anglais, la culture protestante, les  institutions démocratiques –  pour expliquer l’avènement de la société industrielle. Il attribue cette expansion à l’éclosion des savoirs utiles comme moteurs de progrès technique. « La culture technique partagée a changé les attitudes envers le monde naturel, considéré comme domesticable afin de servir l’intérêt matériel de l’humanité ». L’auteur rappelle les apports des principaux entrepreneurs culturels qui ont marqué l’histoire : Galilée, Bacon, Newton, les philosophes du siècle des Lumières…  Il montre que ces penseurs de la République des Lettres échangeaient  leurs idées grâce à leurs livres et leurs lettres et que cette confrontation  a permis l’émergence de nouvelles visions du monde réel. C’est la diversité des cultures européennes qui a le plus contribué, au fil des siècles, aux plus grandes avancées scientifiques et techniques. C’est pourquoi il attribue la « stagnation séculaire » actuelle à l’universalisation de la culture contemporaine.

Joel Mokyr est un historien économique américano-israélien né aux Pays-Bas. Il est professeur d’économie et d’histoire à la Northwestern University.

JJ  PLUCHART

Edgar Morin a vécu toutes les crises du XXe siècle. Il propose de saisir l’opportunité offerte par la pandémie pour « changer de voie ». Il fustige la mondialisation des échanges et la délocalisation des usines occidentales, responsables du désarroi des nations européennes après  la fermeture de leurs frontières. Il préconise une coexistence entre les mouvements apparemment contradictoires de mondialisation et de  « démondialisation », afin de préserver à la fois les économies émergentes et les territoires désindustrialisés. Il propose de relancer la croissance des « services essentiels », comme la santé, l’éducation, l’agriculture biologique, les énergies vertes… Il conseille de réduire la part de « l’économie du frivole ou de l’inutile ». Il dénonce les inégalités sociales qui se sont creusées pendant la crise du covid, et il propose de les combler en fiscalisant le capital, défiscalisant les bas revenus et revalorisant les petits métiers.

L’essai n’apporte pas d’idées réellement nouvelles, mais sa lecture laisse transparaître une volonté partagée de retour à l’essentiel, de respect du bien commun et de recherche (désespérée !) d’une « troisième voie » entre le capitalisme et le socialisme.

Edgar Morin (98 ans) est l’auteur de la Méthode, qui théorise la complexité du monde.

JJ  PLUCHART

Auteur de plusieurs ouvrages de référence, lauréat du Prix Turgot, professeur émérite des Universités, Jean-Jacques Pluchart, fort de son expérience  de  dirigeant  d’entreprise, propose  dans sa nouvelle parution une vaste enquête auprès des directeurs financiers et du contrôle de gestion, des développeurs des systèmes d’information et des commissaires aux comptes, sur les nouveaux systèmes de pilotage des performances financières et extra-financières des entreprises.

 L’enquête fait appel à une méthodologie originale basée sur des sondages et des entretiens approfondis. Elle porte sur les approches développées par les principaux acteurs – parmi lesquels les grands cabinets d’audit-conseil – afin d’accompagner les entreprises dans le développement et l’implantation de leurs systèmes d’aide à la décision et de reporting. L’auteur rappelle les fondements théoriques et les références légales et normatives, puis analyse les  modèles de performance, les plans d’actions, les systèmes d’information et les procédures de contrôle mis en œuvre par chacun des trois maillons de la chaîne d’information financière et  extra-financière.

Les lecteurs de cet ouvrage y trouveront des réponses à de nombreuses questions : comment définir et mesurer la performance globale d’une entreprise ? Comment construire sa batterie d’indicateurs ? Comment organiser la procédure de reporting sociétal ? Comment gérer les données extra-financières dans les entreprises « data-driven » soumises à une obligation de reporting extra-financier ou à une initiative de reporting volontaire ? Quels sont les principaux systèmes de traitement des donnés extra-financières internes et externes actuellement exploités dans les PME/ETI ? Comment implanter ces nouveaux outils dans les PME/ETI ? Selon quels référentiels sont effectuées les diligences des contrôleurs ? Quels sont ou pourraient être les apports de la digitalisation aux procédures de contrôle de l’information extra-financière ? Quels pourraient être les apports de la blockchain et des smart contracts à cette chaîne ? Quels nouveaux services les cabinets d’expertise comptable peuvent- ils apporter aux PME ?…

Tout le mérite du livre est, selon l’expert H.Alcaraz,  d’apporter des réponses  précises  aux questions que  se posent  actuellement les entrepreneurs et les managers.

 .                                   Jean-Louis CHAMBON

Le dernier ouvrage d’Alain Redsloeb restitue ses réflexions sur l’évolution des recherches en sciences économiques depuis l’Antiquité. Il dégage les influences respectives des principales écoles de pensée et montre leur fertilisation par d’autres disciplines comme la philosophie, la sociologie, l’histoire… Il dresse un tour d’horizon des grands problèmes économiques contemporains.  Il s’interroge en particulier sur les effets positifs et négatifs de la mondialisation. Il délivre des idées originales sur les crypto-actifs, dont il retrace la filiation depuis certaines monnaies antiques. Il se montre raisonnablement optimiste sur l’avenir de l’économie mondiale. « Notre monde n’est encore que sur le pas de porte de la maison innovation »… « La mondialisation embrassera d’autres dimensions et épousera une autre chronométrie ».

 

Alain Redsloeb est professeur émérite d’économie à l’Université Paris II, auteur de plusieurs manuels de micro et de macroéconomie.

JJ  PLUCHART

«.Comprendre les controverses du passé pour éclairer les défis de la Société » , telle  est la noble tâche à laquelle s’attache l’auteur , en publiant  ce petit fascicule aussi précis que précieux pour tous publics. Adoptant une approche « historique », Francesco SARACENO, enseignant dans de prestigieuses grandes  écoles européennes (OFCE , Sciences- Po, la SEP, etc)  expose de façon rigoureuse et très documentée le « combat des idées  » qui ont traversé, au cours des siècles, l’économie et…. les  économistes : le  développement de la macroéconomie,  ses  régulations, par les marchés et /ou les autorités publique , mais aussi,  les affrontements sans  cesse  réactualisés des « écoles » de pensées , néoclassique ,keynésienne , post- moderne,  etc . Mais l’un des  grands intérêts de  cette parution réside dans ses apports factuels, sous forme de « focus » qui lient l’histoire  des idées et  les faits, avec les débats de politique économique contemporaine.  En  effet, bien  souvent dans les commentaires médiatiques  et académiques, la réalité et  les  faits, mesurables et mesurés, s’effacent devant le dogmatisme et le « ressenti », pour obscurcir la compréhension de la  transformation perpétuelle  que les économies éprouvent .

 Bref, une épreuve de  vérité , susceptible sur bien des points  de  tempérer l’observation récente et paradoxale du prix Nobel d’économie Paul Romer :  «il faut  réduire l’influence politique des  économistes..  car ils ne peuvent pas prétendre savoir ce qui est juste ».  Mais preuve est faite qu’ils sont aussi en  capacité  d’apporter  des éléments objectifs  de décryptage des choix possibles au plan politique et économique, en toute humilité.

 Ce n’est pas le moindre des mérites  du professeur Saraceno, et  de l’école Supérieure de la Banque, qui, avec  René  Desbiolles,   et la  Revue Banque,   sont à l’initiative de cette nouvelle et prometteuse collection , dont le titre   « Transformation » est déjà tout un programme.

 Francesco  Saraceno  est  directeur adjoint du  département de l’Ofce-Sciences-po, auteur et enseignant notamment du Master affaires  européennes  à  Sciences –Po.

                                   JL CHAMBON

Olivier Sibony est bien connu des auditeurs de Xerfi Canal. Au fil de ses interventions, on comprend vite qu’il s’est forgé une réputation (justifiée) comme l’un des meilleurs pédagogues dans le champ des sciences cognitives. Pour saisir toute la teneur de l’ouvrage, nous ne pouvons qu’inviter avec force le lecteur à parcourir l’introduction du livre. Olivier Sibony y reprend une blague « de multinationale » qui met en scène un Américain et un Français. Le premier à qui l’on propose un plan d’action a priori séduisant demande : « ça marche en théorie, mais est-ce que ça va marcher en pratique ? » Arrive alors le Français qui apportant une nouvelle solution se demande : « ça marche en pratique mais est-ce que ça marchera en théorie ? ». Contre toute attente, pour l’auteur, c’est le Français qui aborde correctement la question en posant le problème non pas sur un cas particulier, mais avec l’ambition de mettre en évidence une hypothèse reproductible et généralisable. Nous savions déjà que l’économie prétend au statut de « science », Olivier Sibony affirme haut et fort que le management, en puisant dans les sciences cognitives, la psychologie, l’économie, les sciences politiques ou la sociologie mérite de s’élever au même rang (nous notons au passage qu’il en profite pour promouvoir l’embauche d’un doctorant afin de développer un savoir qui sera précieux pour l’entreprise). Enfin les 40 clés scientifiques qui constituent autant de petites études de cas toutes aussi pertinentes les unes que les autres sont enrichies par des apports bibliographiques issus de la recherche.         

Olivier Sibony assure des enseignements de Stratégie et de « Corporate Strategy » au sein des programmes MBA de HEC. Il était auparavant consultant che McKinsey en tant que Directeur Associé Senior. Ses travaux actuels concernent la « stratégie comportementale », c’est-à-dire l’application des sciences comportementales à la prise de décision stratégique.

Alain BRUNET

Le capital des sociétés cotées est composé de différentes catégories d’actionnaires majoritaires et minoritaires, dont les intérêts peuvent être différents et/ou divergents de ceux des autres parties prenantes (salariés, fournisseurs, clients, administrations…). Les dirigeants de sociétés doivent en permanence arbitrer entre ces diverses attentes. Afin d’éviter les conflits, l’auteur préconise qu’ils  dressent  une cartographie des intérêts respectifs des actionnaires et des autres parties prenantes, ainsi que des risques de conflits.  Ils doivent ensuite définir et surveiller une batterie d’indicateurs leur permettant de prévenir ces conflits et de suivre leur processus de traitement. En cas d’arbitrage, ils doivent s’assurer que leurs décisions ne portent pas atteinte à l’objet social et à la charte éthique de la société, et qu’ils respectent les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) si ses actions sont détenues par des investisseurs socialement responsables. Les conflits tranchés par voie de justice constituent des échecs pour les dirigeants et les contrôleurs   de gestion de l’entreprise, car elles témoignent de l’inefficience de la prévention.

L’auteur est maître de conférences à l’Université de Saint Etienne.

JJ  PLUCHART